Archéologie

Un passé enfoui sous nos pieds
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Où trouver la mémoire des paysages et des lieux oubliés par les hommes ? Les archives ne suffisent pas toujours. Il faut alors mettre à jour les vestiges de ce temps passé conservés dans le sol et les faire parler. Ils nous révèlent alors l'histoire longue du territoire et ses évolutions parfois surprenantes.

Le territoire du Parc recèle des lieux exceptionnels insoupçonnés. En surface, rien, ou presque, ne trahit leur existence. Il faut tout le génie des archéologues pour les mettre à jour et raconter leur histoire extraordinaire. Couche après couche, ils dévoilent la façon dont nos ancêtres vivaient et comment ils ont transformé des lieux et les paysages.

Ainsi il y a près de 2000 ans, sur la plaine agricole de Jouars-Ponchartrain s'étendait une vaste cité gallo-romaine, Diodurum, la "ville des dieux". Bâtie au 1er siècle, elle a perduré jusqu'au 6eme siècle. Sous les champs actuels se trouvent des nécropoles, des temples, des thermes, des sanctuaires, un théâtre et un quartier d'habitation qui laissent imaginer une vie urbaine florissante et animée. C'est à la faveur de la construction de la RN12 dans les années 90, près de la ferme d'lthe, que les archéologues ont fait cette exceptionnelle découverte. Avant les fouilles, ils soupçonnaient déjà l'existence d'un vaste ensemble de bâtiments : des images aériennes avaient déjà révélé l'existence de murs enfouis dans le sol. La cité est dans un état de conservation remarquable. « De nombreuses pièces archéologiques ont également été retrouvées comme des céramiques, des bijoux, des pièces de monnaie, indique Michel Recoussines, le maire de Méré et président de l'APSADiodurum (Association pour la Promotion du site archéologique de Diodurum). Ces objets témoignent des activités commerciales et artisanales de l'époque ». Un Centre d'interprétation patrimoniale pédagogique doit voir le jour pour montrer ces objets aux visiteurs et leur permettre de comprendre et d'apprécier l'importance de la ville qu'ils ont près de chez eux.

Diodurum Ferme d'Ithe

La chapelle qui cache une abbaye

Autre lieu : Poigny-la-Forêt. Qui pourrait imaginer qu'à l'endroit où se trouve une petite chapelle en ruine, isolée au milieu de la forêt, s'élevait une abbaye des Grandmontains - un ordre mendiant - avec un vaste ensemble de bâtiments datant probablement du 12e siècle ? « Le site de Poigny est l'un des rares témoignages architecturaux des abbayes de cet ordre », explique Sophie Dransart, chargée de mission Patrimoine au Parc. Les fouilles menées par l'archéologue Mathias Bellat au printemps 2019 ont commencé à donner de précieuses informations sur l'organisation spatiale de ces bâtisses qui étaient toujours la même. « Autour d'un cloître se développaient les bâtiments de vie des moines avec, au nord, une église, dont il reste l'abside aujourd'hui » indique Mathias Bellat. Trois sondages, des trous de deux mètres de côtés, ont déjà mis à jour des structures du bâtiment et commencé à raconter l'histoire du lieu qui est devenu un château seigneurial après que l'abbaye ait périclité au 14e siècle. Ces résultats ont été dévoilés à l'occasion des Journées du patrimoine.

Fresques MesnulsUne fresque exceptionnelle

Au Mesnuls, on a retrouvé au milieu de la forêt une riche et imposante villa gallo-romaine du 1er siècle, longue de 30 m, large de 15m et haute de 5m, elle était divisée en 6 pièces et chauffée par un hypocauste, un système de chauffage par le sol. Des fouilles approfondies ont mis à jour en particulier un ensemble de peintures murales avec des animaux et des décors floraux qui est exceptionnel. Elles avaient été réalisées sur l'enduit des murs qui se sont effondrés. Au plafond se trouvaient des fresques qui sont les seules représentations humaines grandeur nature peintes de l'époque gallo-romaine retrouvées en France. Elles symbolisaient les 4 saisons. La fresque de l'été, la mieux conservée, est aujourd'hui exposée au Musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye.

Une activité industrielle intense

Des lieux cachés qui sont ainsi révélés sont nombreux dans le territoire du Parc. Ainsi, le village des Molières abritait autrefois une intense activité d'extraction de meules destinées aux moulins pour écraser le blé et faire de la farine comme l'a prouvé l'archéologue Alain Belmont, spécialiste du sujet. Elles ont d'ailleurs donné leur nom à la commune, comme en atteste un document historique du 11e siècle. Selon Alain Belmont, on peut estimer qu'en 700 ans, la production de meules aux Molières a été de plus de 100 000 pièces. C'était un des quatre sites de production du nord de la France, à côté de celui réputé de La Ferté-Sous-Jouarre. La pierre des Molières était exceptionnellement dure. En 1796, 300 à 400 meules sont produites par an aux Molières et il faut à peu près deux mois de travail pour faire une meule. La plupart des hommes du village devaient alors travailler dans les carrières. Au début du 20e siècle, celles-ci ne produisent plus de meules, mais des pierres destinées à la construction des maisons. Et la mémoire de cette énorme activité multiséculaire s'est perdue. Aujourd'hui, les carrières ont été rebouchées et il ne reste plus que des trous que certains pensent être des impacts d'obus, comme à Verdun !

Sous le donjon, une tour

Fouilles chateauMême des lieux aussi connus que le château de la Madeleine à Chevreuse cachent une histoire plus longue et complexe qu'il n'y paraît. De 1979 à 2010, plusieurs sondages et fouilles ont été réalisées. Lors de la dernière opération en 2010, à l'intérieur du donjon, les archéologues ont mis à jour un profond fossé, de 7 m de large, contenant des fragments de vases datés de 1160-1180. « Ce fossé pourrait être celui qui protégeait une première tour en bois qui aurait précédé l'actuel château en pierre, » explique Sandrine Lefèvre, médiatrice du patrimoine au service archéologique interdépartementaI 78-92. Ce qui amène à la déduction que le donjon (élément le plus ancien conservé du château en pierre) aurait été construit plus tard, puisqu'il se place au-dessus du fossé rebouché. Il daterait ainsi au moins de la fin du 12e siècle et non pas de la fin du 11e siècle comme son architecture archaïque le laissait penser.

Le Parc recèle encore bien des témoignages du passé qui ne demandent qu'à être révélés par les archéologues. Ils racontent une histoire oubliée et fascinante du territoire.

En savoir plus : http://archeologie.yvelines.fr

Article de Pierre LEFEVRE, extrait de l'Echo du Parc n°89 (octobre 2019)

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