Retrouver la nuit noire

Pollution lumineuse et éclairage public
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Le Parc incitait déjà communes, professionnels et commerces à réduire la pollution lumineuse de l’éclairage nocturne, mais depuis le 27 décembre 2018, un arrêté vient renforcer cette démarche. Il prévoit des normes techniques et des plages d’extinction pour l’éclairage extérieur dans l’espace public, privé, les parkings, les équipements sportifs, les bâtiments non résidentiels, la mise en valeur du patrimoine et les chantiers. Objectif : éclairer moins, éclairer mieux et limiter ainsi les impacts négatifs sur la biodiversité et la qualité du ciel nocturne.

Nouvelles exigences de l’arrêté

Il vise à supprimer ou limiter les émissions de lumière artificielle car elles présentent un danger ou un trouble excessif aux personnes, à la faune, à la flore. Elles entraînent un gaspillage énergétique et empêchent l'observation du ciel nocturne. Pour réduire ces nuisances, l'arrêté étend les obligations et précise des seuils d'exposition, des normes techniques. La lumière urbaine ne doit pas gêner les habitations privées. Pour l'éclairage public, les vitrines, les bureaux, les parkings extérieurs et illuminations de bâtiments, des plages d'extinction totale sont prévues.

En 2012, une enquête de l'ADEME avait révélé que l'éclairage public en France rejetait près de 670 000 tonnes de CO2 par an pour 9 millions de points lumineux. L'éclairage public représente aussi environ 41 % de la consommation d'électricité des communes et 19% de sa consommation énergétique totale. Pourtant, les solutions techniques existent pour rénover les équipements, réduire les consommations et adapter les usages afin de limiter l'éclairage aux plages horaires vraiment utiles. En combinant bonnes pratiques et bonnes techniques, les collectivités peuvent faire des économies sur l’éclairage public allant de 50 à 75% et redonner à la nature et aux hommes une nuit si précieuse.

De nouvelles règles

« Cet arrêté qui était attendu depuis longtemps, est une première avancée pour encadrer le matériel installé dans le neuf comme en rénovation » note Betty Houguet, chargée de mission Energie au PNR, même s'il manque encore des indications sur le rendement des matériels et sur des seuils de puissance lumineuse maximale. » La lumière artificielle qui reste allumée toute la nuit, perturbe l'alternance entre le jour et la nuit : le cycle circadien qui est indispensable à tous les organismes vivants. Cet éclairage contribue donc au déclin de la biodiversité. Dans les grandes villes, les lumières qui diffusent vers le ciel et les nuages sont une grande source de confusion pour la faune, à commencer par les oiseaux migrateurs nocturnes. Les papillons qui se servent de la lune comme repère d'orientation pour garder une trajectoire rectiligne, perdent leurs repères en présence de réverbères et finissent par tomber au sol épuisés. Le Grand paon de nuit a beaucoup souffert de l'éclairage nocturne et a quasiment disparu. Pour plusieurs espèces de chauve-souris, comme le Petit et le Grand rhinolophe, la lumière constitue une véritable barrière qui empêche ces chiroptères d'accéder à leurs territoires de chasse habituels. Ainsi, des espèces comme le Grand murin, lorsqu'il niche dans les églises est contraint de raccourcir son temps de nourrissage si les façades sont éclairées. Sans oublier les divers effets néfastes de la pollution lumineuse sur la santé humaine (altération du cycle du sommeil, dommages rétiniens ...).

Extinction éclairage public

« Les lampes à sodium haute pression sont un bon compromis. Elles éclairent bien sans générer des interférences trop fortes pour l'environnement et coûtent moins cher que les LED » ajoute Betty Houguet. Dans tous les cas, le faisceau directionnel doit être orienté vers le bas. De son côté, Grégory Patek, chargé d'études patrimoine naturel au Parc, explique aussi qu'il est essentiel d'instaurer « une période de noir complet d'une durée de 6 heures minimum. Ainsi la faune nocturne, conditionnée par cette obscurité, va pouvoir se mettre en activité et rechercher la nourriture indispensable à sa survie ». Concernant les ampoules LED, qui sont souvent préconisées par les éclairagistes, il met en garde contre celles dont la lumière est trop blanche : cette température de couleur est très attractive pour les insectes, mais elle modifie les rapports prédateurs-proies et fragilise les populations. De plus avec ces matériels le niveau d'éclairement est souvent beaucoup plus élevé que nécessaire. En moyenne, pour une opération de rénovation ou dans le neuf on installe aujourd'hui une puissance d'éclairement 4 fois plus importante que dans les années 80.

Aides et conseil du Parc

Depuis 2012, le PNR propose des conseils et une aide financière pour réduire la consommation d'énergie et la pollution lumineuse, à hauteur de 70% des investissements.

La commune du Mesnil-Saint-Denis notamment a procédé à la rénovation de ses lanternes et à la mise en place de l'extinction nocturne. « Normes à respecter, préservation de la biodiversité, retours d'expérience des autres communes, autant d'éléments fournis par le Parc qui nous ont été très utiles », témoigne Bernard Claisse, adjoint en charge des travaux et de la voirie. Depuis octobre 2016, un abaissement de puissance a été appliqué à l'ensemble du réseau, et des horloges astronomiques subventionnées par le Parc, gèrent les périodes d'extinction nocturne. « Entre 2015 et 2017, nous avons réalisé une économie de 32 000 € sur l'année » se réjouit le maire-adjoint.

Désireuse « d'améliorer la qualité de vie et la protection de l'environnement », la commune des Mesnuls a également fait appel aux conseils techniques du PNR. « Nous avons décidé de réduire la puissance lumineuse sur un maximum de nos lampadaires et d'instaurer une coupure totale de 5h toutes les nuits » résume Jean-Yves Le Pennec, élu des Mesnuls. Entre 2015 et 2018, une centaine d'éclairages au sodium de faible puissance énergétique a été installée. « Nous avons préféré cette lumière orange assez douce et nous avons bénéficié de subventions du Parc ». Cela a permis 25% d'économies et la commune envisage d'augmenter encore cette plage de coupure.

A Auffargis, l'éclairage public est désormais coupé entre minuit et 6 h du matin, et depuis, les habitants observent beaucoup plus de papillons de nuit, explique Christian Lambert, élu en charge des travaux et de l'éclairage public.

Retour des papillons de nuit ?

Autre bonne surprise depuis la mesure d'extinction, on assiste également à une diminution des cambriolages. Pour un voleur qui a besoin de repérer ses cibles, l'absence de lumière dans une rue l'oblige à utiliser une lampe de poche mais il devient alors beaucoup trop repérable. Et d'autres communes sont en train de faire le même constat. Une bonne raison de plus pour réduire l'éclairage nocturne.

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