Le Moulin d'Ors va repartir pour un tour

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Jadis, un moulin hydraulique produisait de la farine de blé sur le domaine d’Ors, à Châteaufort. Depuis, l’eau a coulé sous les ponts. Mais le Parc compte bien redonner vie au moulin, désormais classé « Patrimoine d’intérêt régional ».
 
par Cécile Couturier pour l'Echo du Parc n°87
 
Comment redonner vie à ce très beau moulin à blé et notamment à sa roue ? C’est le défi concret sur lequel ont planché des étudiantes du Master Gestion du patrimoine culturel de Paris-1. La mission Patrimoine Culture du Parc les a invités avec d’autres acteurs locaux à découvrir le lieu, explorer les techniques et matériaux ou encore imaginer des partenariat pour parvenir à restaurer et valoriser ce mécanisme hydraulique ancien… De l’extérieur, le cercle de fonte
et les rayons sont encore bien visibles mais la pièce, a perdu ses auguets et ne fonctionne plus.
 
Nous sommes à l’entrée du domaine d’Ors qui a été reconstruit à partir du XIVe siècle, puis reconstruit au XIXe siècle. Il comptait sur 850 hectares un château, un parc arboré, une chapelle, des communs, une glacière, un pont-galerie et un moulin. Le site est abandonné en 1951 puis racheté par la commune de Châteaufort en 1989. Le Parc signe avec la commune un bail emphytéotique qui lui permet ensuite de restaurer le moulin. Depuis l’an dernier, ce bâtiment accueille une partie de son équipe technique et bénéficie du label « Patrimoine d’intérêt régional » du Conseil régional d’Île-de-France.
 
Témoin de l’histoire locale
 
« Aujourd’hui, la restauration de sa roue compléterait la réhabilitation des bâtiments, explique Sophie Dransart, chargée de mission Patrimoine – Culture au Parc qui pilote le projet. Ors est le seul moulin du territoire qui soit accessible et de propriété publique, avec le Petit Moulin des Vaux de Cernay. C’est un témoin de ce patrimoine hydraulique. L’activité de meunerie a beaucoup marqué la région : avant, tous les cours d’eau avaient un moulin, tous les trois kilomètres ! Et puis, cet univers intéresse beaucoup le public. Nous pourrons transmettre ici la connaissance que nous avons constituée sur les moulins. »
 
 
Caractères très spéciaux
 
Parmi les inventaires patrimoniaux qu’il réalise, le Parc dédie un volet à ces « usines », comme on les nommait au XIXe siècle. Sur les quelque 80 sites recensés dans la Haute Vallée de Chevreuse, une dizaine sont « exceptionnels », et Ors en fait partie. Pourquoi ? Alors que la plupart de ses confrères présentent un aspect « rural » et une forme horizontale, celui-ci à l’allure des moulins à l’anglaise qui se déploient en hauteur pour accueillir un process de mouture modernisé. Il est aussi empreint d’une certaine élégance. Doté d’une façade en meulière rocaillée, d’ouvertures en demi-lune à l’arrière, le moulin castelfortain, construit à flanc de colline et à l’entrée du domaine, se devait de bien présenter !
 
Ors présente d’autres intérêts patrimoniaux, ajoute Sophie Dransart, puisqu’il a conservé les trois dimensions constitutives des moulins : « En plus de cette architecture spécifique, des éléments de l’ancien dispositif technique (roue, rouet de fosse, arbre à roue) sont encore présents. Enfin le système hydraulique (canal d’amenée, bassin de retenue, canal de fuite, vanne, déversoir) est encore lisible. Très peu d’anciens moulins ont gardé tout cela ! »
 
La restauration de la roue est un défi. On ne sait pas aujourd’hui si sa structure en fonte, d’un seul tenant et nécessitant un savoir-faire qui n’est plus pratiqué, pourra être restaurée. « Plusieurs scenarii sont donc à l’étude. Nous pourrons par exemple décider de faire uniquement des « raccords » sur les parties abîmées, de refaire totalement la roue selon les plans du XIXe, de nous tourner vers d’autres matériaux comme le bois…. Outre le coût, ce qui influencera le choix sera aussi la quantité d’eau qu’on pourra faire arriver sur la roue. »
 
Fonte, bois… et eau
 
Car depuis la désaffection du moulin, en 1921, l’arrivée d’eau a été coupée et le canal d’amenée s’est asséché. Il faudra donc ramener de l’eau au moulin ! « L’enjeu sera de générer des apports d’eau suffisants pour faire ponctuellement des lâchers d’eau, comme le faisaient les meuniers d’antan, et ainsi faire tourner la roue à des fi ns pédagogiques et muséographiques, » détaille Sophie Dransart. Le bruit de l’eau participe au paysage sonore de tels lieux. Le rétablissement d’une petite chute animera aussi le site. » Vite, que la roue tourne !
En parallèle, le Parc travaille aussi sur la restauration écologique de la rivière pour permettre à la biodiversité comme aux sédiments de circuler librement.
 
UNE ROUE À AUGETS ALIMENTÉE PAR LE DESSUS
 
Sur le Parc, on rencontre deux familles de roues :
  • les roues alimentées par le dessous : il s’agit de roues à palettes poussées par le courant de la rivière ;
  • les roues alimentées par le dessus : lorsque le débit de la rivière n’est pas assez important. Le moulin d’Ors est de ceux-là.
Pour créer un dénivelé, donc une chute, un canal détournait la Mérantaise et l’eau venait s’accumuler dans un bassin de retenue. Lorsque le meunier levait sa vanne, le fl ux était suffi samment fort et important pour actionner le système. Les augets, ces réceptacles de bois accrochés tout autour de la roue, se remplissaient, la faisant tourner sous leur poids, entraînant alors les meules de pierre à l’intérieur du moulin.

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