Des nuisances sonores dans le ciel des riverains

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Le calme momentané dans le ciel lié au confinement ne suffira pas à faire oublier aux habitants de la vallée de chevreuse et des communes autour de l’aérodrome de Toussus-le-Noble leur exaspération face au bruit et à l’augmentation des survols aériens. Après des années de négociation, la tension est aujourd’hui très vive.
 
Article de Cécile Couturier pour l'Echo du Parc n°85 (novembre 2020)
 
Appyflight : c’est le nom de l’application mobile développée par des étudiants de l’université Paris-Saclay. Le projet a obtenu le Premier prix du Challenge AeroSaclay 2020 (1). « Chacun peut désormais signaler, en temps réel, des anomalies majeures de vol par des avions ou hélicoptères : rase-motte, déviation de la trajectoire autorisée, remise des gaz au-dessus des maisons, niveau sonore extrêmement élevé... », explique Jacques de Givry, président de l’association Les Amis du Grand Parc de Versailles, et membre de l’Alliance associative pour la suppression des nuisances de l’aérodrome de Toussus-le-Noble, à l’origine de ce projet.
 
Survols et bruit augmentent
 
Si certains font ainsi preuve d’innovation, c’est qu’ils cherchent à faire avancer le dossier « nuisances sonores aériennes ». Lors de la création de l’aérodrome, au début du XXe siècle, les villages alentours étaient moins développés ; aujourd’hui, les zones habitées se sont densifiées et étalées. Le trafic aérien connaît lui aussi une augmentation progressive (+ 23% depuis 2007), mais il a surtout connu une réorganisation en 2002 qui a entraîné des modifications des plafonds et des trajectoires. L’aviation légère et les écoles de pilotages représentent désormais 80% du trafic de Toussus. Le besoin grandissant de pilotes pour les compagnies aériennes à conduit au fort développement des écoles de pilotage. Avec pour conséquences, davantage de tours de pistes et un nombre de survols aux alentours de l’aérodrome plus important. Les élèves pilotes, pour s’exercer, multiplient les atterrissages/décollages (le «touch and go») et effectent des tours sur des trajectoires plus courtes dédiées à cet usage. Un même avion va donc passer plusieurs fois au-dessus des secteurs habités survolés. Et depuis 2014, viennent s’ajouter les vols touristiques en hélicoptères.
 
Les survols et le bruit s’intensifiant, ils sont de plus en plus mal vécus : à Châteaufort, Les Loges-en-Josas, Magny-les-
Hameaux, Villiers-le-Bâcle, Gif-sur-Yvette, Chevreuse, Saint-Rémy-lès-Chevreuse ou Voisins-le-Bretonneux, ce sont des quartiers aussi bien anciens que récents qui sont concernés : on estime à 50 000 le nombre d’habitants impactés par le bruit des avions : « Certains week-ends, on compte 650 mouvements par jour, avec un pic de survols sur les zones habitées toutes les minutes ! Les habitants qui aux beaux jours aimeraient profiter du calme de leur jardin ou balcons sont vraiment excédés et ne comprennent pas que les pratiques irrespectueuses de quelques-uns gâchent les week-end de milliers d’autres, sans parler de la gêne en semaine pour les télétravailleurs ! » souligne Catherine Giobellina, présidente de l’Union des Amis du Parc, l’une des associations locales membres de l’Alliance associative.
 
 
Beaucoup d’infractions, peu de sanctions
 
Bien sûr, il y a des règles pour les pilotes, fixées par la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) : suivi d’une trajectoire précise, respect d’une vitesse maximale et d’une altitude minimale. « Mais les contrôles et sanctions sont très rares, alors que les incivilités constatées sur le terrain se multiplient », constate l’Alliance. De nombreux pilotes, et pas seulement des débutants, ne respectent pas les règles. Un élu local ayant voulu vérifier les déclarations de ses administrés a fait un vol en hélicoptère et, à son grand étonnement, s’est vu proposer par le pilote de passer au-dessus des secteurs de son choix, y compris des quartiers habités très éloignés des trajectoires officiels !
 
L’Alliance des associations et les élus des communes ont engagés depuis 2011 un dialogue pour trouver des solutions avec les usagers de l’aéroclubs, la DGAC, ADP. Ces réunions pilotées par la Préfecture ont donné lieu à des
échanges ou des expérimentations pour tenter de réduire les nuisances sonores. Mais en mai, après le déconfinement,
le trafic a repris de plus belle.
 
L’Alliance a alors émis une liste de revendications à adopter d’urgence. Elles ont été reprises par la plupart des élus des communes concernées, comme à Gif-sur-Yvette, Magny-les-Hameaux et Voisins-le-Bretonneux où, les Conseils municipaux ont voté une motion contre les nuisances aériennes de l’aérodrome. A Toussus-le-Noble, les plus fortes nuisances sont liées aux hélicoptères. Le 21 octobre dernier, une réunion entre pilotes, habitants et mairie a permis de s’accorder sur des demandes conjointes pour réduire le bruit : repères au sol pour aider au respect des trajectoires, création d’une zone de travail au nord du terrain, entraînement au sol en dehors des week-ends. Vanessa Auroy, maire de Toussus, estime aussi qu’il faut avoir une vision de long terme : « à la fois ne plus étendre l’urbanisation à proximité des trajectoires de vol et renouveler la flotte d’avions avec des moteurs hybrides et électriques, plus silencieux. »
 
En attendant, les communes les plus concernées, demandent des mesures à court terme tangibles : la remise à plat du trafi c maximum autorisé par jour et par tranche horaire, pas seulement sur l’année, avec des restrictions de vol pour les engins les plus bruyants, la suppression des vols touristiques en hélicoptère ou la mise en place de véritables contrôles et de sanctions dissuasives.
 
Lors de la dernière commission consultative de juillet, l’Etat a lui aussi exprimé sa volonté que des décisions soient prises avec la DGAC avant la fi n 2020 pour une diminution rapide du bruit et une application dès 2021… à suivre.
 
Applyflight : signaler les anomalies
 
Le principe de l’appli est simple : si l’on constate une « anomalie majeure » de vol, on clique sur le problème : bruit, altitude ou trajectoire et l’on indique le nom de la commune. Date et position GPS sont renseignées automatiquement. Les données sont envoyées sur un serveur, compilées et vérifiées. « Si l’analyse met en évidence des anomalies graves, nous interpellerons la DGAC», explique Jacques de Givry. « Nous aurons ainsi des éléments précis, factuels sur les nuisances subies pour étayer nos observations. » L’application mobile est actuellement téléchargeable gratuitement sur Google Play et utilisable sur les smartphones sous Android. Il est prévu un développement en application WEB, accessible aussi aux iPhones.
 
(1) AéroSaclay est un concours annuel, organisé par l’association du même nom, dont le jury est composé de chercheurs, enseignants, élus et représentants de riverains.
 
Un aérodrome centenaire
 
C’est en 1907 que les premiers avions décollent de Toussus-le-Noble. La première école de pilotage y ouvre en 1928. Après la Seconde Guerre mondiale, le site devient aéroport d’affaires et la fréquentation augmente. Il compte aujourd’hui 167 hectares, deux pistes et 41 sociétés qui emploient environs 400 personnes. C’est le premier aérodrome à avoir deux avions 100% électriques dédiés à la formation.
 
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