Les Chauves-souris

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Moustiques, mouches, papillons de nuit, araignées, voilà les principaux mets des chauves-souris, capables d’ingurgiter un tiers de leur poids par nuit. Grands prédateurs d’insectes et de ravageurs de cultures, elles méritent notre respect. Sur les 1 000 à 1 200 espèces dans le monde – comme l’homme, elles sont partout ou presque – 34 sont recensées en France, dont 20 en Île-de-France.

Dans notre Parc, sur plus de 250 sites inventoriés, toutes les espèces franciliennes sont présentes.

Menacées de disparition dans la région, pour certaines d’entre elles d’ici les prochaines décennies, des efforts de conservation doivent être menés. Car contrairement aux croyances, aux souris et aux lapins, elles ne pullulent pas. Les petites bêtes sont sociales et mènent une vie familiale et chaleureuse. Une chauve-souris met bas un seul petit par an, entre mi-juin et début juillet, et elle lui accorde la plus grande attention. Les mères et leur progéniture se regroupent en essaim dans ce que l’on appelle une nurserie. Ces grappes, accrochées en hauteur, se forment pour maintenir au chaud les nouveaux-nés qui n’ont pas encore développé leur système d’autorégulation de l température corporelle. Ainsi la chaleur d’un toit sous lequel s’abriter leur est indispensable !

Crise du logement

En Vallée de Chevreuse, les populations de chauves-souris ont des exigences écologiques différentes selon qu’elles fréquentent les greniers, les arbres creux ou les aqueducs (faute de grottes).

Les espèces dites de prairie chassent en zone ouverte et bocagère, en lisière de pré. Il s’agit par exemple du Grand Rhinolophe, vu sur les communes de Vieille-Église-en-Yvelines, du Perray-en-Yvelines et des Bréviaires. Mais s’il est plus fréquent dans l’Ouest de la France, il est ici en voie d’extinction.

Les espèces forestières ou arboricoles occupent des trous d’arbres sénescents, des fentes d’écorce ou s’abritent sous des branches cassées. Avec d’autres insectivores, elles se répartissent un territoire de chasse par strates horaires nocturnes. De ce fait, la compétition entre espèces n’existe pas. Ces chauves-souris semblent être mieux conservées sur notre territoire que dans le reste de l’Île-de-France.

Les espèces cavernicoles, qui vivaient plus au sud, ont étendu leur aire de distribution en s’adaptant aux divers contextes urbains : combles, clochers… Comme l’homme, la chauve-souris des cavernes s’est transformée en chauve-souris des villes. Toutes auraient pu cohabiter pour le mieux, si le pigeon n’était pas venu y mêler son grain de fiente, puis l’homme aménager ses combles…

Dans le premier cas, les déjections de Colombine et ses amis saccageaient les bâtisses. L’homme a alors installé des grillages devant toutes les ouvertures. Ceux-ci posés de jour, certaines chauves-souris se sont retrouvées emmurées, et les autres… SDF.

Dans le second cas, la crise du logement humain l’est devenue aussi pour les chiroptères. Les combles aménagés leur interdisaient le gîte. Aujourd’hui, la plupart des sites inventoriés par le Parc sont grillagés. Or de fines ouvertures permettraient aux chauves-souris, et non aux pigeons, de rentrer au chaud. Si le très rare Grand Murin, résident de Montfort-l’Amaury, a besoin d’un vaste volume et se plaît sous le toit de l’église, d’autres Murins se contentent d’un espace d’1 m3 , accessible par une ouverture d’1,5 cm de hauteur et de 15 à 20 cm de largeur. Les petites Pipistrelles (les plus répandues) ou le Murin de Natterer (colonie observée au Tremblay-sur-Mauldre) peuvent même se satisfaire de la cavité d’un parpaing creux.

Grand Murin

Le Murin et le vieil arbre

Le Murin de Natterer, le Murin Bechstein et l’Oreillard Roux sont trois espèces arboricoles présentes sur le massif forestier de Rambouillet qu’a étudiées Laurent Tillon, chargé de mission à l’ONF. En plaçant de petits émetteurs sur plusieurs individus, il a constaté que les chauves-souris changeaient de logis quasiment toutes les nuits, suivant en cela une stratégie antiparasitaire. Le Murin de Natterer, par exemple, utilise en moyenne 60 arbres par an (et jusqu'à 115 parfois !). Ces résultats permettent aujourd’hui de fixer les objectifs de conservation d’un réseau d’arbres-gîtes en forêt et se sont traduits par l’élaboration d’une fiche conseil à l’usage des forestiers à l’échelle nationale. Celle-ci précise comment identifier et désigner les vieux arbres à conserver pour la biodiversité. Marqués d’un triangle à la peinture de couleur chamois, ces troncs qui pourraient paraître rongés, troués et inutiles assurent à la fois le gîte et le couvert. Gîte pour nos chauves-souris mais aussi pour des chouettes en “coloc” et autres noctambules zélés ; couvert pour les oiseaux friands d’insectes xylophages.

De plus, la consigne de l’ONF est de veiller à garder dans les autres secteurs au moins deux vieux arbres à cavités (vivants ou dépérissant) et un arbre mort par hectare. Les propriétaires privés sont invités à la même vigilance. Ils peuvent bénéficier d’une aide du Parc pour la prise en compte de la biodiversité dans le plan de gestion de leur exploitation forestière. Aide et conseils des experts du Parc qui s’adressent à tous, particuliers, entreprises ou communes.

D’après un article de Patrick Blanc (Echo du Parc n°59)
 

 

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