Réhabilitation des serres

De fer et de verre
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Aériennes, légères, transparentes, les serres ont souvent été balayées par le souffle du temps. Certaines ont su s’arrimer et témoignent d’une époque où la culture exotique était du dernier chic.
 
Dans cette grande serre qui trône au milieu du parc de sa maison blanche à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, la créatrice de robes de mariée Étienne Brunel avait tout installé. Ses tables, ses robes, ses modèles. Il y avait aussi une cheminée, le miroir de ses 18 ans. Les fleurs faites de soie ou d’organza y poussaient sous ses doigts habiles. Mais un jour de vent particulièrement fort, les arbres se sont abattus sur cette cathédrale de verre. « Il y a cinq ans, la tempête a tout détruit, explique la modiste. Je l’ai reconstruite à l’identique. C’est un endroit magnifique, même si pour l’instant, traumatisée, je n’ose plus y aller. »
 
Heureusement, toutes les serres du territoire n’ont pas fini sous les branches. « La plupart datent du XIXe siècle, explique Émilie Barlet, architecte des bâtiments de France (ABF). On les construisait dans les grandes demeures pour fournir les plantes de jardins, davantage tournés vers l’agrément que la production potagère. Le plus souvent, on essayait d’y acclimater des plantes exotiques. » Dans la région, les serres arborent souvent la même structure : un soubassement de briques, des montants de fer plat, un vitrage assez fin et des mécanismes d’ouverture.
 
À Saint-Jean-de-Beauregard, mêmes matériaux, même configuration, même exposition au temps qui passe. Deux d’entre elles ont été restaurées l’an passé pour y cultiver du raisin de table. « Nous possédons dans le domaine une chambre de conservation du raisin, explique Muriel de Curel, la responsable du domaine. Dans cette chambre, de petits flacons emplis d’eau de source accueillent les sarments de raisin et permettent de conserver les grappes pendant plusieurs mois. Au XIXe siècle, on pouvait ainsi servir des grappes à Noël. » Aujourd’hui, les deux serres voient pousser une trentaine de pieds de vigne. La troisième sert à réaliser les semis de toutes les auxiliaires de cultures qui viendront en aide aux légumes l’été venu. « C’est un formidable outil pédagogique pour les enfants, se félicite Muriel. Cette serre nous permet de leur montrer toutes les étapes de la graine à la plante. »
 
Serres
 
Au Mesnil-Saint-Denis, la serre du domaine des Ambésis s’inscrit quant à elle dans une dynamique associative. « Dégradée par le temps et dévastée par la tempête de 1999, un travail de grande ampleur était nécessaire pour la restaurer, explique Véronique Baron, propriétaire du domaine. Pour nous, ce projet prenait tout son sens uniquement si la serre, une fois restaurée, était mise à disposition de l’association de jardin partagé qui cultive déjà notre potager historique de 6 000 m². » Grâce au soutien des Vieilles Maisons Françaises, de l’ABF, du Parc, de la Fondation des Parcs et Jardins, de la Direction régionale des affaires culturelles, Véronique réussit à boucler son budget de 30 000 euros.
 
Les travaux commencent. Les fers sont restaurés ou remplacés, tous les ouvrants sont remis en jeu, les murets de brique sont nettoyés et remontés. « Une recherche particulière a été faite sur les joints des briques, témoigne la propriétaire. La méthode retenue a finalement été chaux pure et brique ancienne pilée. » Du verre 2 x 2 mm en feuilleté a été fourni par une entreprise du Val-d’Oise. Et le système de récupération des eaux de pluie, ingénieux pour l’époque a également été rétabli. « Nous encourageons les restaurations à l’identique », précise Émilie Barlet.
 
Pour le Parc comme pour l’ABF, ces édifices sont à préserver. « On ne réhabilite jamais pour son simple plaisir. Des travaux sont engagés lorsque l’édifice a une utilité, lorsque le jardin retrouve un usage, de l’activité et de la vie. Une serre rénovée, c’est souvent le signal de tout un ensemble qui va être restauré. »
 
« Aujourd’hui, la serre est à nouveau en service, se félicite Véronique. Les adhérents du jardin débordent d’idées pour la faire vivre tout au long de l’année. La preuve est faite que la dynamique associative est l’un des meilleurs leviers pour faire vivre le patrimoine inscrit. » 
 
 
Article d'Hélène Binet pour l'Echo du Parc n°68 (septembre 2015)
 
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