Animation des réserves

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Aimer et protéger la nature sans réserve
 
Une douzaine d’enfants, quelques « grands » pour les accompagner, des parents bien sûr, des grands-parents aussi. Présentation de la carte du parcours : l’itinéraire s’annonce court mais avec de nombreuses haltes dont quelques points notés … au milieu du cours d’eau ! « Les enfants, vous avez tous vos bottes ? » lance Carole Perez, animatrice environnement de l’équipe technique du Parc. Chacun semble correctement équipé, la petite troupe peut se mettre en marche. Quelques mètres à peine et Carole invite déjà les enfants à un jeu devant un panneau qui ponctue le chemin d’entrée de la (future) Réserve du domaine d’Ors. « Une réserve est un petit bout de nature qu’on veut protéger. On a donc fait un règlement avec des petits dessins… » Les enfants choisissent une carte et expliquent ce qu’ils y voient : « pas le droit de faire un feu … ne pas marcher en dehors des sentiers … il ne faut pas cueillir les fleurs … pas de scooter des mers ?… Ah ce n’est pas pour ici cette image ! ». La bonne humeur s’installe, en route pour la prochaine étape. Elle se situe à quelques pas dans une prairie close d’une barrière que Carole est seule autorisée à ouvrir, le franchissement de ce nouvel espace excite les bouts de chou.
 
Réserves naturelles régionales
 
Le bonheur est dans le pré
 
Ils s’apprêtent déjà à courir de tous côtés, la consigne cette fois est justement d’aller dénicher des photos déposées au préalable par l’animatrice et qui expliquent ce que recèle cette vaste prairie. Rendez-vous dans un quart d’heure pour raconter ce que chacun a trouvé. Une partie de cache-cache inattendue et très pédagogique. Tous se retrouvent autour d’une mare et chacun veut expliquer ce qu’il a découvert. Carole précise bien entendu ce que représentent les précieuses trouvailles. Là un escargot rare : le Vertigo des Moulins, ici l’image de la prairie en fleur, telle que l’on pourra la voir en juin. Ce sera un paradis pour de nombreux insectes comme l’écaille marbrée rouge, un papillon protégé en Île-de-France, car sa chenille ne se développe que dans ce type de prairies de plus en plus rares. Carole rapproche deux photos, un saule émondé et une Chouette chevêche, puis explique le rapport qui les unit : « la chouette a besoin d’une maison, elle aime les arbres qui ont un trou. Lorsqu’on taille régulièrement le saule, son tronc s’épaissit et la coupe de ses branches créera au fil du temps des cavités qui pourront accueillir des insectes, des oiseaux et la petite chevêche. »
 
Séance de sciences naturelles
 
Démonstration : un ruisselet court au milieu de la prairie jusqu’à la mare. « Pourquoi y a-t-il de l’eau et une mare dans cette prairie ? » questionne Carole. Pas simple pour les enfants, alors Carole a tout prévu et met en place un atelier pratique en quelques secondes : filtre à café, bloc d’argile… Dans le premier, elle dépose un peu de sable qu’elle puise au fond du filet d’eau. Elle invite les enfants à en faire autant et verse ensuite un peu d’eau… qui coule à travers le sable et le filtre. Seconde manipulation : distribution d’argile en guise de pâte à modeler, le jeu cette fois-ci consiste à former un petit récipient. L’eau versée dans son creux ne coule pas. Suit alors une leçon de géologie pratique, schéma du sol en coupe à l’appui, au bord de la mare : la couche de sable laisse passer l’eau mais en dessous, l’argile l’empêche de descendre plus bas. À certains endroits, l’eau infiltrée dans le sol ruisselle en surface de la couche d’argile et trouve une sortie dans la pente, même très légère, de la prairie : il s’agit d’une résurgence, notre filet d’eau, qui aboutit ici à cette mare dont le fond est constitué d’argile. Les enfants sont émerveillés. Une maman me confie « on a visité la Cité des Sciences avec les enfants, les ateliers sont passionnants, très ludiques, mais d’une approche trop similaire à l’école. Ici c’est mieux, c’est concret, réel, on est sur le terrain, c’est très pédagogique. »
 
Réserves naturelles régionalesLe groupe chemine jusqu’au bord de la Mérantaise. Les bottes vont devoir tenir leur rôle. Le courant est infime, Carole s’avance dans un méandre de la paisible rivière. Elle invite les enfants à ramasser une feuille morte puis à venir patauger à ses côtés au milieu du petit cours d’eau. Et vogue le bateau ou plutôt la feuille qui, s’en va, portée par le léger courant. « Où va-t-elle ? » Le temps est venu d’une leçon pratique de géographie, carte en main. Amont qui vient du mont plus haut, aval qui dévale en bas de la vallée, plus bas. La Mérantaise se jette dans une plus grosse rivière l’Yvette, qui à son tour se jette dans une rivière encore plus grosse l’Orge qui elle-même se jette dans la Seine, non plus une rivière mais un fleuve car son issue est la mer… où pourrait aller la feuille si rien ne l’arrête ?!
 
Traces de vie
 
La berge et ses cavités offrent l’occasion d’évoquer le martin-pêcheur qui creuse là une loge de 70 cm de profondeur à la période des amours. Et les poissons qui le nourrissent. Là, les traces montrent le passage de grands animaux. Les plus connaisseurs mènent l’enquête, repèrent les ergots à l’arrière d’une empreinte… « il y a un sanglier qui est passé ici, s’exclame un enfant. Moi j’ai vu un chevreuil, annonce un autre ! »
 
Pour la dernière halte, près d’une grande mare, Carole a, là aussi, placé à l’avance des photos et affiches présentant les hôtes de ce milieu humide. Carole sort de son sac une petite boîte abritant une drôle de bête : 6 pattes, une petite tête, une carapace, de quoi s’agit-il ? Une larve de libellule qui va donner lieu au dernier jeu de cet après-midi instructif. Par on ne sait quel nouveau tour de passe-passe, Carole déploie un grand panneau sur lequel est dessiné une mare, sort des cartes qu’elle distribue aux enfants et… l’histoire de la libellule peut commencer. Une image pour chaque stade de l’évolution de l’insecte, que les enfants viennent coller sur le panneau. Apparaît alors le cycle de sa vie, depuis la longue phase aquatique de sa larve (parfois plus d’un an) à son envolée majestueuse.
 
Cette visite participative a été un régal pour tous, petits et grands. L’intérêt d’une Réserve naturelle ne fait plus aucun doute pour chacun et la préservation de la biodiversité, sera, soyons certain, appliquée au seuil de son jardin. Tous repartent en rêvant de cette nature si belle et instructive… et Carole en rêvant d’accueillir et sensibiliser également tous les habitants du Parc !
 
Article de Patrick Blanc pour l'Echo du Parc n°74 (avril 2017)

 

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