Nos déchets ont de la valeur

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Article pour l'Echo du Parc, Juin 2014, Pierre Lefèvre

Quand les ordures ménagères ne se prêtent pas au recyclage, il existe une autre façon de les valoriser : récupérer leur énergie en les brûlant. Trois incinérateurs alimentés en partie par les ordures ménagères en provenance du Parc produisent ainsi de l’électricité, du chauffage et de l’eau chaude sanitaire.

Unité de valorisation énergétique

472 kilos

C’est le poids moyen des ordures ménagères jetées par chaque Francilien par an. Fort heureusement, le contenu de nos poubelles est dirigé moins souvent que par le passé dans les centres techniques d’enfouissement (décharges).
Le mot d’ordre est à la valorisation. Les centres de tri offrent ainsi une seconde vie au verre, au papier ou aux métaux. Les incinérateurs, eux, après s’être longtemps contentés de brûler les déchets non recyclables, récupèrent aujourd’hui l’énergie dégagée, permettant ainsi d’économiser des combustibles fossiles ou de l’électricité nucléaire.

Mais c’est aussi pour préserver notre porte-monnaie que les communes agissent pour la valorisation des déchets : les revenus générés permettent d’abaisser la charge financière que représente leur traitement.

Trois usines d’incinération traitent les ordures ménagères produites par les habitants du Parc : à Ouarville (Eure-et-Loir), à Villejust (Essonne), et enfin à Thiverval-Grignon (Yvelines). Elles sont exploitées par des entreprises privées pour le compte de syndicats intercommunaux. Les trois installations produisent au total une quantité d’électricité équivalente à la consommation d’une fois et demie le nombre d’habitants du Parc. En brûlant, les ordures ménagères chauffent de l’eau dans une chaudière qui produit de la vapeur. Celle-ci alimente un réseau de chaleur ; la vapeur fait également tourner une turbine qui produit de l’électricité. Une partie de celle-ci est consommée par l’usine pour son fonctionnement, le reste est vendu à EDF.Après incinération, les déchets ne représentent plus qu’un quart de leur volume initial: c’est le mâchefer. Il est entreposé pendant une durée pouvant aller jusqu’à quatre mois pour analyser les polluants qu’il contient. Si les analyses sont conformes à la réglementation, le mâchefer est utilisé pour la construction des routes; sinon, il part dans des décharges spécialisées. D’autres produits indésirables, comme les cendres volantes et des polluants tels que les dioxines ou les furanes, générés par la combustion des ordures ménagères. C’est pour limiter leur rejet à des quantités très faibles qu’ils sontcaptés en sortie de cheminée sous forme de résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères (Refiom). Ceux-ci sont récupérés par des entreprises spécialisées afin d'être traités puis stockés définitivement.

Une logique de volume

Décriées dans le passé pour leur impact sur l’environnement, les usines d’incinération ont réalisé de très lourds investissements pour réduire leurs émissions. Pour rentabiliser les installations, il leur faut conserver un certain volume d’actid’activité… et donc de déchets à traiter. Cela peut paraître contradictoire avec l’effort des pouvoirs publics pour réduire les volumes de déchets en général et les déchets non recyclables en particulier.

« Les incinérateurs sont le plus souvent surdimensionnés, déplore Catherine Giobellina, présidente de l’Union des amis du Parc de la Haute Vallée de Chevreuse. Et comme ce sont des installations peu souples dans leur fonctionnement, il faut les alimenter avec un volume de déchets proche de celui qui a été prévu lors de leur conception. Cela les transforme en de véritables aspirateurs à déchets et, du coup, ce n’est pas toujours la logique environnementale qui prévaut. »

Il existe notamment une clause de charge minimale qui engage les collectivités et les oblige à fournir un tonnage minimal de déchets(2). « Ce n’est pas aussi tranché, nuance Gauthier Leduc, directeur des services techniques du Syndicat intercommunal pour le traitement et la valorisation des déchets (Sitreva). Si on passe sous le volume que nous nous sommes engagés à fournir, il n’y a pas d’augmentation automatique descoûts de traitement. Mais cela entraîne forcément de nouvelles négociations avec l’exploitant. »

Incinération

La stratégie des incinérateurs peut être alors d’aller chercher de nouveaux gisements de déchets auprès d’entreprises ou de collectivités, dans la limite géographique autorisée par le législateur (départements limitrophes). Les communes ciblées sont notamment celles qui envoient encore leurs déchets en décharge ou dont les incinérateurs sont trop vétustes pour être mis aux normes.

Évidemment, la noria des camions-bennes de collecte augmente avec la distance entre les déchets et l’incinérateur… au final, c’est plus de carburant consommé et plus d’émissions de CO2. Il faut donc agir sur le transport. Ainsi, l’incinérateur de Ouarville, alimenté par des déchets en provenance de communes très éloignées, a mis en place sur différents points du territoire des quais de transfert : les bennes y déversent le fruit de leur collecte et c’est un semi-remorque qui assure le trajet vers l’incinérateur. On l’aura compris : même valorisée, l’incinération doit être la solution ultime. Mieux vaut recycler au maximum ce qui peut l’être. Et surtout se rappeler que la seule vraie logique écologique est de réduire le volume de nos poubelles.

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