Jardins partagés, familiaux ou ouvriers… ?

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Issus des jardins ouvriers du 19e siècle destinés à améliorer les conditions de vie des ouvriers en accédant à une parcelle de terrain, les jardins familiaux permettent à chacun de se voir attribuer un carré de terre et d’y cultiver ce qu’il souhaite. Tous les jardiniers sont autonomes, mais ils s'entraident et échangent des bons tuyaux, des techniques, des semences et des graines.

Originaires des Etats-Unis le mouvement des « pocket gardens » a fait naître en France une nouvelle génération de jardins, les jardins partagés.

Plutôt que de cultiver des parcelles individuelles, le jardin partagé se définit comme un espace de proximité à l’initiative des habitants, qui peut s’installer au coin d’une rue sur une parcelle de taille très limitée. Réunis dans une association, ces habitants cultivent ensemble fruits et légumes, mais pas seulement : solidarité, respect de l’autre et de l’environnement, partage de la récolte, et rencontres sont de mise.

Les jardins partagés sur le territoire du PNR :

Les jardins familiaux sur le territoire du PNR :

Pour en savoir plus : article d'Hélène Binet pour l'Echo du Parc n°66

Ce n’est plus une lame de fond, c’est un raz-de-marée ! Le jardinage compte dans tout l’Hexagone 13 millions d’amateurs, ravis à la belle saison de fleurir leurs jardinets, leurs balcons ou les terres de la collectivité. Car si 89 % des foyers possèdent un espace de jardinage lié à leur habitat principal (du rebord de fenêtre cultivable au grand jardin), les autres ne sont pas en reste pour manier la serfouette.

Sans terre, ils investissent les jardins partagés ou les parcelles ouvrières

Aux Essarts-le-Roi, François Renard, président des Jardins de l’Yvette, ne peut plus se passer de son potager qu’il cultive dans les jardins familiaux de la ville. 100 m2 qu’il bichonne toute l’année comme les 32 autres familles qui ont investi ce qui hier n’était qu’une parcelle agricole en jachère (et un petit morceau de la déchetterie). Sur son terrain, une petite cabane aussi ravissante qu’une maison de poupée a été aménagée pour ranger ses outils. La ville y a aussi installé un composteur et un récupérateur d’eau de pluie. Lorsqu’on l’interroge sur sa récolte, François est plutôt fier : carottes, pommes de terre, courges de toutes les tailles et de toutes les couleurs, rhubarbe, plantes automatiques.

« J’assure une production qui nourrit ma famille quasiment toute l’année. Évidemment, les tomates, ces deux dernières années, c’était difficile avec toute cette humidité. »

Pousses vertes

Aux Essarts-le-Roi, les produits chimiques sont interdits sur les parcelles. Il en est de même à Bullion, rue du Chat-Noir où, depuis 17 ans, une douzaine de familles investit le terrain de 4 000 m2. Une serre est même partagée pour assurer les cultures les plus sensibles aux intempéries.

« Parfois, on passe 2 ou 3 heures dans le potager et on ne jardine que 10 minutes, raconte Jacques Gagnières, à l’origine de l’aventure. C’est l’endroit idéal pour décompresser. »

Souffler, échanger, partager, trois mots qui reviennent souvent dans l’arrosoir des jardiniers. L’abbé Lemire, homme politique et créateur de ce type de jardins au xixe siècle, serait assez fier de les entendre. « Les jardins ouvriers professent une vocation sociale et défendent un certain ordre social, prédit le prêtre du diocèse de Cambrai. S’ils permettent aux ouvriers d’échapper à leur taudis en profitant d’un air plus respirable, ils les éloignent aussi des cabarets et encouragent les activités familiales au sein de ces espaces verts. » Aujourd’hui, dans le Parc ou ailleurs, toutes les catégories sociales s’y retrouvent. Jeunes, retraités, actifs, enfants, jardiniers émérites ou du dimanche.

« J’aime y venir travailler mais surtout partager et rencontrer mes voisins de jardin, confie François. Je ne fais pas d’autre activité physique que celle-ci, ça me suffit. Et quand je viens tôt le matin, j’ai le bonheur d’admirer des chevreuils et d’entendre les oiseaux chanter. »

Convivialité à cultiver

Dans la lignée des jardins familiaux, les jardins partagés, plus petits et plus collectifs, fleurissent ici et là. Nés dans les années 1970 aux États-Unis, ils prennent place le plus souvent au coeur des villes, mais depuis quelques années ils investissent aussi les villages et les zones pavillonnaires. Dans ces parenthèses végétales, on y cultive aussi bien les tomates que la convivialité et la vie de quartier. Au Perray-en-Yvelines, sur 200 m2, le jardin de La Fabric (du mouvement des Colibris de Rambouillet) rassemble une petite dizaine de jardiniers sur le terrain de Gérard, un particulier à l’origine de cette initiative. Chaque année, vers le mois de février, les maraîchers en herbe imaginent ensemble un plan de cultures collectives.

« Ici, on tente différents modes de production alternatifs, explique Alain, coordinateur des groupes de La Fabric. On s’initie à la biodynamie, à la culture en butte, à la permaculture. L’objectif est de montrer qu’il existe d’autres façons de cultiver son potager. »

Régulièrement, les habitants des villages alentours se retrouvent autour du four à pain pour faire la fête. À l’automne, ils vont presser les pommes du verger à la coopérative du coin et reviennent avec 400 litres de jus artisanal. « Apprendre ensemble à jardiner de façon écologique, c’est une expérience extraordinaire », se réjouit Alain.
Récemment, un nouveau jardin partagé imaginé par La Fabric a vu le jour à Rambouillet. Il paraît que Saint-Léger-en-Yvelines et Poigny-la-Forêt s’apprêtent à rejoindre l’aventure. En 2015, dans le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, loin des boulevards parisiens, le concept des jardins partagés commence à essaimer…

Jardin solidaire
 
A Bonnelles, rue du Mail, la mairie met à disposition de ses habitants 2 000 m2 de terrain. Depuis 2011, une quinzaine de petites parcelles individuelles et une parcelle collective de 400 m2 permettent à toutes les générations de bêcher en choeur. La plupart des habitants ont leur propre jardin mais cherchent ici autre chose, de la convivialité et de l’expérience potagère à partager.
 
« Le surplus des productions est offert au Carrefour des solidarités de Limours, explique Isabelle Jasinowski, à l’origine du jardin partagé. Et tous les samedis matin, ce sont les résidents du foyer d’Ulysse de Bullion (centre d’adultes autistes) qui viennent cultiver avec nous. »
 
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