Maisons passives : témoignages

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Après plusieurs années passées dans leur maison passive, les occupants témoignent. Un confort au-delà de leurs espérances ! Retour sur expériences.
 
Les maisons passives, rappelons-le, sont capables de se passer d’une installation de chauffage traditionnel, un appoint suffit. Parfaitement étanches mais équipés d’une ventilation mécanique contrôlée (VMC) à double flux, édifiés sans aucun pont thermique (points de liaison entre l’extérieur et les jonctions des diverses structures du bâti : plancher, murs, menuiseries…), isolés de manière renforcée donc idéalement par l’extérieur et avec menuiseries triple vitrage, ces habitats doivent atteindre un bilan thermique inférieur à 15 kWh/m2/an pour une construction neuve ou, dans le cas d’une rénovation passive, à 30 kWh/m2/an pour obtenir le label allemand Passiv’Haus.
 
Ce concept élaboré en 1988 en Allemagne s’est vite développé dans son pays d’origine ainsi qu’en Suisse, en Autriche, en Suède, au Benelux, aux USA… Depuis un peu moins d’une dizaine d’années, des projets ont essaimé en France, notamment dans notre Parc, en Vallée de Chevreuse, où les deux premières réalisations françaises certifiées Passiv’Haus en construction neuve (M. et Mme Damico) et en rénovation (M. et Mme Désir) ont été attribuées. Après quelques frimas hivernaux et épisodes de canicules estivales, nous avons recueilli les impressions de leurs occupants.
Maison passive
 
Benoît Damico, Le Mesnil-Saint-Denis
192 m2 habitables - 4780 kWh/an + 1 stère de bois - surcoût de 20 % (matériaux biosourcés : laine de bois, ouate de cellulose, bois, pierre au sol…)
 
Maison passiveRencontrés lors de la finalisation de la construction en 2009, les propriétaires s’installaient dans la première maison certifiée par la norme allemande Passiv’Haus en France, seul label en vigueur aujourd’hui. Sept ans après… « Notre maison est très agréable à vivre, confirme Benoît Damico. En discutant avec des voisins, des amis, on se rend compte que la sensation n’est pas du tout la même dans notre maison, il n’y a pas de variation brutale de la température lorsque le temps se refroidit ou se réchauffe. L’inertie, la régulation de la ventilation sont telles que l’atmosphère intérieure ne bouge pas d’un degré avant au moins trois jours de températures extérieures extrêmes.
A l’usage, nous constatons que la maison est beaucoup plus simple à utiliser et à vivre qu’on ne l’imaginait. L’idée de rester calfeutré dans une maison toujours totalement fermée est fausse. Nous ouvrons portes et fenêtres si besoin et sans excès. Qui, dans une maison traditionnelle, laisserait ses fenêtres grandes ouvertes longtemps quand il gèle dehors ? Nous ne faisons pas cela non plus ! L’été, en cas de forte chaleur, nous ouvrons les fenêtres la nuit, comme tout le monde je pense. Le reste du temps, la VMC nous apporte toujours un air renouvelé et sain.
La seule petite critique concerne le léger bruit de la ventilation la nuit. Comme la maison est très étanche, elle est aussi très silencieuse, donc le souffle de l’air dans les chambres s’entend un peu. Il est délicat de réduire la vitesse de ventilation, ce qui diminuerait le bruit la nuit, car la mini pompe à chaleur, qui fournit le chauffage d’appoint et alimente également le ballon d’eau chaude sanitaire, est associée à la centrale de ventilation. Ce serait pour nous le seul point à améliorer. »
 
Antoine Désir, Magny-les-Hameaux
150 m2 habitables - 6100 kWh/an - surcoût de 10 % (matériaux isolants : polyuréthane au sous-sol, polystyrène sur murs extérieurs, ouate de cellulose et fibre de bois sous toiture)
 
Maison passiveLe challenge était de taille : rénover une maison de 150 m2 des années 80 et obtenir le 1er label Passiv’Haus en France pour une rénovation ! Depuis la fin des travaux, en 2011, la famille Désir ne regrette pas son investissement. « En quinze ans, nous aurons amorti le surcoût et nous n’aurons pas de chaudière à remplacer ! Nous avons l’impression d’habiter une nouvelle maison, l’architecture influencée par l’isolation extérieure a totalement modifié l’aspect de la bâtisse. Côté intérieur, si l’agencement des pièces n’a pas changé, le confort n’a rien à voir. L’isolation et l’absence de points froids associées à la ventilation à double flux rendent la température plus homogène dans chaque pièce, il n’y a donc pas de sensation de fraîcheur ou de chaleur différente en passant de l’une à l’autre. Si ce n’est environ un degré de plus à l’étage. Nous cherchions la diminution de notre impact environnemental et l’économie d’énergie. En prime, nous avons récolté un confort permanent, une qualité de l’air et une surface de vie accrue : on peut être collé à un mur ou à une fenêtre extérieure -toutes en triple vitrage- sans avoir froid l’hiver. »
« En cinq ans, nous n’avons jamais eu moins de 19° l’hiver et jamais plus de 26° l’été à l’étage. L’appoint en chauffage était prévu par des petits radiateurs électriques de 500 watts dans le salon. Ils s’allument très rarement. Le coût de la consommation électrique totale, du chauffage d’appoint à l’éclairage, des équipements de cuisine et de lavage à la tondeuse électrique, est de 95 euros par mois, et il s’agit d’un contrat Enercoop : de l’énergie renouvelable plus chère qu’EDF. Dans la maison très isolée, nous sommes peu sensibles aux bruits environnants, à l’inverse nous entendons davantage ce qui se passe d’une pièce à l’autre. Les grandes surfaces vitrées réverbèrent aussi les sons. L’hiver dernier, un souci sur la ventilation qui était passée en simple flux, donc sans préchauffage de l’air extérieur amené par l’air intérieur rejeté, nous a permis de constater l’intérêt d’une telle installation ! Nous faisons découvrir la maison lors de manifestations telles que le forum éco-habitat, à cette occasion plus d’un visiteur français a été choqué de constater que nous avions condamné l’accès intérieur au sous-sol, trop onéreux à isoler (environ 10 000 euros). Passer par l’extérieur est une question d’habitude, les visiteurs belges et allemands notamment, trouvent cela tout à fait normal !»
 
Stéphane Vanbésien, Jouars-Pontchartrain
120 m2 habitables - 4000 kWh/an + une stère de bois - surcoût de 150 €/mois comparé à une construction aux normes de 2005 (et 0 € comparé aux normes 2012). Isolants : laine de bois aux murs et en toiture, béton cellulaire et liège expansé au sol
 
Maison passiveHésitant avec une maison basse consommation (label BBC dont l’exigence énergétique est devenu celui de la RT 2012, soit 50 kWh/m2/ an), la famille Vanbésien a opté lors de son étude comparative pour une maison passive. Installée depuis octobre 2010, Stéphane et son épouse se réjouissent de ce choix.
« Aucun regret et même d’agréables surprises. Au début, nos amis s’équipaient de gilets pour nous rendre visite, craignant l’absence de chauffage, ce n’était pas la peine, sourit Stéphane ! Le surcoût de notre maison à ossature bois a été calculé lors de la conception en 2010 à 150 €/mois sur 15 ans par rapport à une maison conventionnelle à surface égale et aux normes 2005, soit 27 000 €. Or le poste de chauffage (chaudière, radiateurs, tuyauteries, installation) aurait coûté 35 000 euros dans une maison BBC, j’ai démontré que le Passiv’Haus coûtait moins cher que le BBC ! Notre système de ventilation à double flux permet de ne pas refroidir la maison tout en la ventilant. Nous avons deux sèche-serviettes pour le confort dans les salles de bain. Un poêle à bois de 4 kW a été installé au départ davantage pour nous rassurer ! On l’avait prévu par crainte d’avoir froid mais il est surtout là finalement pour l’ambiance sympa qu’apporte un feu. Nous utilisons un stère de bois par an. Avec l’électroménager et l’éclairage, la note d’électricité revient à 30 € par mois. Nous n’avons pas de sensation de parois froides, pas de courants d’air comme dans de nombreuses maisons conventionnelles. La qualité sanitaire de l’air est exceptionnelle, il est aujourd’hui indispensable de ventiler une maison avec tous les polluants qui risqueraient sinon de s’y accumuler. La VMC programmable permet d’être réduite pour ne pas faire de bruit la nuit. À 5° extérieur, l’eau qui circule dans le ballon solaire d’eau chaude est encore à 40°. De ce fait, nous avons acheté un lave-linge et un lave-vaisselle avec un branchement d’arrivée d’eau chaude afin de profiter de cet apport. S’il fallait déménager un jour, j’aurais beaucoup de mal à revenir à autre chose !»
 
100 % d’avis 100 % enthousiastes !
 
Les témoignages se suivent et se ressemblent. Chaque interlocuteur est enchanté par sa maison passive. Camille Bertine et son mari, Arnaud, occupent depuis plus d’un an une maison de 115 m2 à Bruyères-le-Châtel en Essonne. « Les brise-soleil orientables permettent de limiter les apports solaires car même à 2 ou 3° extérieur comme aujourd’hui, il fait trop chaud, confie Camille tout en berçant son bébé ! L’atmosphère est relativement sèche avec la ventilation double flux et le chauffage d’appoint qui ne marche pourtant qu’une demi-heure ou une heure par jour de grand froid. Cela améliore le confort et offre un ressenti de chaleur supérieur très agréable. Le linge étendu le soir est sec le lendemain matin ! Par contre dans la chambre de ma fille, nous avons mis un humidificateur. » Le prix de revient de notre maison (1825 €/m2) est nettement moins élevé que le prix moyen des maisons construites sur la commune (2450 €/m2) et le coût de notre chauffage pour la première année est d’environ 125 € !
L’ingénieur maître d’oeuvre de leur projet, Nicolas Guérin, spécialisé dans les maisons passives n’enregistre que des retours positifs de ses clients. « L’un d’eux, nous confie-t-il, affiche une consommation d’énergie tous postes confondus, de 20 € / mois pour une maison de 140 m2. Au-delà de la performance économique, tous plébiscitent le grand confort lié à l’excellente qualité de l’air filtré. Beaucoup moins de poussières volent dans les maisons ! Il y a un engouement pour ce type de construction. »
Avis que partage pleinement l’architecte Vincent Benhamou, également spécialiste en maisons passives depuis 2005. Avec ses années de recul, celui-ci remarque que les techniques, les états d’esprit et le savoir-faire des corps de métiers ont nettement évolué. « Les matériaux sont également plus faciles à trouver, ils sont devenus plus performants, leurs coûts et ceux des entreprises ont baissé. Cette tendance va encore se développer. Et on peut faire aujourd’hui de belles maisons passives qui ne ressemblent pas à des cubes ou à des boîtes sans âme. Les coûts d’une construction basse énergie, se situent généralement entre 2500 et 3000 €/m2, cependant un projet low cost vient d’aboutir à 1600 €/m2 à La Boissière-École. L’expérience des pays précurseurs, en Allemagne et en Autriche, montre que ces maisons présentent d’excellentes qualités de construction et sont faites pour durer longtemps. Elles sont en train de créer le patrimoine du XXIe siècle. »
 
 
Article de Patrick Blanc pour l'Echo du Parc n°73 (janvier 2017)

 

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