Le Projet Alimentaire Territorial du Sud Yvelines

Vers l'autonomie alimentaire ?
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Première étape bouclée pour le projet alimentaire territorial, ou "PAT" : les 77 communes impliquées ont livré leur diagnostic sur la production et l'alimentation locales et un plan d'actions aux petits oignons.

CONSULTER LE DIAGNOSTIC

 

Article de l'Echo du Parc n°84 (juin 2020)

Les produits locaux : les consommateurs en sont de plus en plus friands, ils sont au coeur des enjeux de transition écologique et d'emploi local. Pour encourager l'autonomie alimentaire et favoriser une alimentation saine de proximité, l'État encourage les territoires (Loi d'avenir pour l'agriculture, l'alimentation et la forpet du 13 octobre 2014) à lancer des projets alimentaires territoriaux (PAT). Celui du Sud-Yvelines est porté par le Parc et la Bergerie nationale, et engage 77 communes depuis mars 2019 et son point fort, c'est de réunir agriculteurs, transformateurs, distributeurs, consommateurs, membres d'associations, élus, techniciens des communes et intercommunalités .

« Notre objectif n'est pas de produire un enième plan avec une liste de bonnes intentions, souligne Xavier Stéphan, chargé de mission Développement économique au Parc, mais de réellement impulser l'action. Nous allons lancer, au fur et à mesure, des actions concrètes, donnant des résultats mesurables."  Avant de concevoir des chantiers sur mesure, il faut une connaissance fine du terrain. C'est l'étape 1 du PAT le diagnostic. Il doit donner tous les détails sur la production, la transformation, la distribution et la consommation alimentaire. Au terme de huit mois d'enquête, les conclusions viennent d'être livrées.

autonomie alimentaire

Les principaux enseignements ? Pour les légumes (maraîchage) et la viande bovine, la production est très insuffisante pour répondre à la demande. Mais comme dans toute l'Ile-de-France, nous sommes excédentaires en céréales. Spécificité du Sud-Yvelines nous sommes aussi excédentaires en lait de vache "On remarque qu'avec 9,3 millions de litres, la production laitière couvre presque la consommation locale, mais l'essentiel de cette production s'exporte, détaille Xavier Stéphan. Des leviers sont identifiés pour reterritorialiser cette filière, comme par exemple encourager les distributeurs à commercialiser le Lait lIe-de-France (marque régionale) qui est produit à 100% localement."

Autre constat : l'activité de transformation est chez nous peu développée. Les légumes, par exemple, ne sont pas tous vendus directement après récolte il faut aussi les trier, les laver, les conditionner et, en particulier pour la restauration collective, les préparer. Pour la viande bovine, l'abattoir le plus proche se situe à Vendôme, à 130 km de la frontière sud du 78. « Faute d'unités de transformation, il est souvent plus simple, pour les agriculteurs comme les éleveurs, de revendre leurs produits à des coopératives qui se chargent de les distribuer ailleurs en France ou à l'international. éclaire Clarisse Blanchard, chargée de mission Agriculture durable au Parc. Si nous voulons que nos produits restent sur le territoire, il faut donc structurer les filières » 

Sans oublier l'enjeu fonder : ici, les terrains se font rares et chers « Nombre de porteurs de projet en maraîchage ou en élevage, ne trouvent pas de terre. Du coup, ils abandonnent ou vont ailleurs,» complète-t-elle. Côté consommation, les achats alimentaires des habitants se font aux trois-quarts dans les grandes ou moyennes surfaces (GMS). Enfin, près de 80 % des repas servis dans les restaurants scolaires et collectifs (communes, hôpitaux, entreprises) sont préparés dans les cuisines centrales de Rambouillet.

autonomie alimentaire

Ils ont participé aux réunions
Qu’attendez-vous du PAT ?
 
Christian Hubert, agriculteur à Beynes :
« Développer une filière légumes secs »
« Je produis du blé, du colza, de l’orge et des légumes secs sur une centaine d’hectares, et transforme le colza en huile et tourteau. Aujourd’hui, je souhaite poursuivre et renforcer le développement de la filière légumes secs des Yvelines lentilles et pois chiche. De nombreux producteurs sont intéressés pour se diversifier dans les légumineuses, mais ils ne trouvent pas de débouchés rémunérateurs Le PAT devrait les y aider. Cela nous permet en effet de rencontrer des élus, des consommateurs, des transformateurs (pour la restauration collective par exemple, les pois chiche doivent être déjà trempés). Ce dialogue est précieux et nécessaire ! Car la demande est forte de la part de la population. Mais l’essentiel des légumes secs consommés sont encore importés (80 % de la consommation nationale) »
 
Olivier Guittard, habitant de Jouars-pontchartrain :
« Avancer vers la résilience locale »
« Je suis membre de l’association Villages d’Yvelines en transition. Pour aller vers une résilience locale, nous cherchons à relocaliser des activités, et cela passe d’abord par l’alimentation. Mais sur notre territoire, comme dans toute l’Île-de-France, il est très difficile de trouver des producteurs locaux et bio. Nous avons très peu de terres disponibles nous projetons, avec une AMAP (Association pour le maintien de l’agriculture paysanne), de créer une ferme en polyculture élevage, et constatons le manque criant de foncier. Si je participe au PAT, c’est donc pour gagner en pouvoir d’action pour les associations, les pouvoirs sont très limités. Et nous nous sentons éloignés des élus, agriculteurs et autres acteurs de la filière. Mais si nous nous rapprochons et parlons ensemble, je suis persuadé que nous pourrons faire avancer les choses !»
 
Raymond Besco, conseiller municipal à Magny-les-Hameaux (gestion urbaine, développement durable)
« Mettre en commun pour développer des circuits courts »
« Depuis plusieurs années, nous travaillons sur les questions de circuits courts, d’agriculture paysanne et d’alimentation. Nous avons créé la ferme de La Closeraie où sont présents deux maraîchers sur 15 hectares qui fournissent des AMAP du secteur. Du côté des cantines scolaires, nous sommes à 50 % de bio et souhaitons augmenter la part de produits locaux dans les menus. Mais nous n’imaginons pas être totalement autonomes pour assurer les 1200 repas quotidiens de nos enfants. Pour nous, la clé, c’est la mise en commun. Et nous pouvons le faire via le PAT il est possible de partager avec d’autres communes les moyens, les outils logistiques, en montant
par exemple une cuisine centrale. Nous devons aussi aider les producteurs à se regrouper, via des coopératives, pour qu’ils adhèrent à ce type de projet »
 
Prochaine étape : des actions pour amplifier la production et la consommation locale
 
Forts de ce diagnostic. les acteurs du PAT ont pu rédiger un plan d'actions prioritaires, autour de quatre grands enjeux : Promouvoir l'agriculture et l'alimentation locale, Accroître la production dans les filières carencées, Favoriser la distribution locale, Préserver le foncier agricole.
 
Des exemples ?
  • Un nouvel accompagnement qui va aider, d'un côté les agriculteurs, de l'autre les transformateurs, GMS ou restaurants collectifs, à signer des contrats garantissant aux producteurs un juste prix, des volumes minimum et un engagement dans la durée. « Cela permettrait aux producteurs d'avoir des éléments concrets pour réorienter leur production » détaille Xavier Stephan.
  • Autre exemple "ouverture d'un point de vente par un collectif de producteurs, porté par la Chambre d'agriculture, dans un lien inattendu la gare autoroutière de Longvilliers.
  • Le lancement d'un inventaire du foncier public mobilisable pour des productions alimentaires.
  • L'organisation de rencontres, de visites de fermes favorisant le rapprochement entre producteurs et habitants.
" Les relations entre le monde agricole et la population sont parfois tendues. Il est aussi indispensable de retisser des liens pour que ces deux mondes se comprennent mieux» souligne Xavier Stéphan. " Nous avons la chance d'avoir un territoire plutôt rural et beaucoup de choses sont possibles! »

 

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