Participation des habitants : Fontenay-les-Briis

Imprimer
EXPLORER LES POSSIBLES

Article de Pierre Lefèvre pour l'Echo du Parc n°74 (avril - juin 2017)

L’aménagement, une affaire de spécialistes ? A Fontenay-les-Briis, on fait le pari inverse et c’est plutôt l’affaire de tous ! Depuis septembre dernier, les habitants sont invités à imaginer le devenir de leur village.

Vous connaissez les formes classiques de concertation : des techniciens et des élus réalisent des études en vue d’un projet d’aménagement et vont ensuite soumettre une proposition un peu aboutie aux habitants pour recueillir leur avis et prendre en compte leurs suggestions.
 
Fontenay-les-BriisÀ Fontenay-les-Briis, la commune expérimente une forme assez différente de participation. La motivation de départ pour le maire, Léopold Le Compagnon, c’est de trouver le moyen de revitaliser le centre Bourg, tout en préservant son identité. Mais pour évaluer les besoins, les attentes, les possibilités, rien de tel que de faire parler ceux qui y vivent ! Pour autant, les réunions attirent en général une toute petite partie de la population et les participants ne sont pas forcément représentatifs ou n’osent pas toujours s’exprimer. Alors, il faut imaginer d’autres moyens de recueillir cette parole et ce ressenti. C’est là qu’a commencé le travail innovant de l’atelier d’urbanisme Approches, retenu pour aider la commune dans cette démarche. « Nous avons sillonné le village à toute heure, afin de croiser les habitants, de voir comment ils utilisent l’espace public, de cerner leurs habitudes » précise Kelly Ung d’Approches.
 
« Nous avons discuté avec eux de leurs pratiques. Nous avons même été dormir chez des habitants volontaires pour mieux comprendre leur mode de vie réel, leurs déplacements, leurs horaires, leurs activités sociales. » Un local vacant dans le bourg a été investi pour l’occasion et baptisé l’Abriis. D’octobre 2016 à juillet 2017, on y accueille des ateliers de travail entre les élus et les habitants, des temps conviviaux suivis de débats, des comités de pilotage auxquels participent trois habitants. Les architectes et urbanistes y sont présents 3 jours par mois ce qui facilite grandement les échanges avec les Fontenaysiens. « C’est véritablement innovant en zone rurale ! s’enthousiasme Jennifer Bureau, chargée de mission Urbanisme du Parc, et c’est ce qui a motivé le Parc à financer le volet participatif de l’opération. Jamais cela ne s’est fait auparavant en Vallée de Chevreuse ». « Il y a eu une soirée où les habitants étaient accueillis avec une soupe avant de discuter de l’avenir du village, explique Jennifer Bureau. Tout le monde a été d’abord déconcerté puis très agréablement surpris par ce temps de partage.»
 
Fontenay-les-Briis
 
« En multipliant les rencontres, les observations sur le terrain, les échanges, l’objectif est d’impliquer les habitants à toutes les phases du projet jusqu’à la décision finale éventuelle de nouveaux aménagements » précise Kelly Ung. « C’est un travail d’échange et de pédagogie pour explorer les possibles ».
 
Premiers enseignements de ces échanges et pistes pour l’avenir
 
Les Fontenaiziens sont attachés à la tranquillité de leur commune, à vivre « comme à la campagne » environnée d’espaces ruraux, en résumé à maintenir leur cadre de vie. Mais la difficulté de Fontenay-les-Briis est sa géographie. Le village de 2000 habitants est éclaté en onze hameaux, dont le Bourg qui est le centre historique avec un lotissement pavillonnaire et Bel Air où se concentrent les commerces, l’école et les activités de loisir. Revitaliser le centre Bourg ne peut donc pas passer par l’ouverture de commerces. Ils viendraient en concurrence des magasins de Bel Air et auraient peu de chance d’être viables économiquement. En revanche, il y a beaucoup de besoins isolés qui pourraient trouver leur équilibre dans un lieu collectif : un espace qui offre à la fois des espaces de « coworking », un accueil d’assistantes maternelles pour qu’elles puissent se retrouver dans la journée, un café associatif, un point d’information pour les cyclotouristes ou les randonneurs, un dépôt de pain pour la boulangerie de bel air…
 
« Il faut sans doute aussi retrouver un maillage de chemins pour circuler dans le centre bourg, relier les hameaux entre eux et favoriser ainsi les déplacements piétonniers ». Bel air n’est par exemple qu’à 10 minutes à pied du centre bourg, mais il faut aujourd’hui longer la départementale pour s’y rendre. Ce n’est pas adapté et ça favorise le déplacement automobile. « La distance perçue dépend du plaisir du cheminement » précise Kelly Ung. Retrouver de la sociabilité peut aussi passer par retrouver ce plaisir du chemin buissonnier, en ouvrant ici une venelle, là en permettant la traversée de passages aujourd’hui fermés ou privés et en mettant en valeur le patrimoine architectural (château, la mairie, l’église …)
 
Mais « peut-être l’idée d’un équipement ne sera finalement pas retenue, tout reste ouvert » insiste Benoit Charreyre. La dernière phase du projet consistera à expérimenter certains des choix effectués. Ce pourrait être par exemple de fermer des rues à la circulation pour tester la piétonnisation, si c’est une option retenue. La démocratie participative a trouvé à Fontenay-les-Briis son expression la plus concrète. 
 
fontenay-les-briis
 
llustrations : Antonio Malusa
Haut de page