Maraîchage biologique

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À Gambais, la ferme des Sources vit de grandes cultures, de chevaux, de maraîchage biologique et caresse le rêve du tout bio un jour.
 
Philippe Duchemin se baisse pour ramasser un trèfle à quatre feuilles. « J’en trouve un par jour en ce moment » confie le quinquagénaire à la tête de la Ferme des Sources, 148 hectares entre Gambais et Bazainville. De la chance, il espère en avoir plus que l’année dernière à la même époque où ses carottes se sont retrouvées recouvertes de 50 centimètres d’eau. Plus qu’en 2009 aussi, année noire pour les céréales qui l’a poussé à se lancer dans le maraîchage biologique. « À cette époque, mon fils Jérôme cherchait un stage, raconte-t-il sous la serre des semis. Comme j’avais toujours rêvé de cultiver des légumes, je lui ai proposé de tester la pratique chez un professionnel pour voir s’il pourrait développer cela à la ferme. » « J’ai tout de suite accroché, » confie le jeune exploitant qui a désormais 23 ans et s’est associé à son père.
C’est ainsi qu’en 2010, en plus des cultures conventionnelles de colza, blé, maïs et autres céréales, la ferme des Sources se lance dans les légumes bio. « On a commencé par le jardin familial se souvient Philippe. Au début, on vendait à 5 adhérents d’une Amap et comme ça fonctionnait on s’est mis à acheter des outils, à installer des serres, à s’équiper d’une chambre froide, jusqu’à ouvrir un magasin à la ferme. » Aujourd’hui, 4 personnes travaillent à la ferme, 68 paniers sont livrés chaque semaine et la boutique reçoit entre 80 personnes l’hiver et 120 l’été. « On est un peu juste en légumes, il faudrait qu’on agrandisse la surface maraîchère. »
 
Conversion progressive
 
Depuis son installation en 1984, Philippe préfère ne pas bruler les étapes, prendre le temps de voir comment les cultures se comportent avant de se lancer complètement dans l’aventure biologique. « En 1993, je me suis penché de très près sur la conversion de mes cultures céréalières en bio mais j’ai eu peur sur un plan économique. Le terrain ici, fait de sable et d’argile, est très contraignant au niveau désherbage. Le bio, c’est un objectif à terme mais pour plus tard. » En attendant, Philippe teste pas mal de choses naturelles, se renseigne sur l’agriculture du japonais Masanobu Fukuoka basée sur le concept du non-agir, accueille un ami en permaculture qui vient d’esquisser un potager mandala qui combine une forme géométrique spécifique et la culture sur buttes qui facilite l’entretien.
 
« À chaque agriculteur son agriculture, » aime rappeler l’agriculteur. Lui par exemple n’arrive pas à faire pousser des brocolis et des choux-fleurs et a préféré laisser tomber. Pour savoir quel légume implanter sur quelle parcelle, il a sa propre technique : l’empathie végétale. « Quand tu veux installer une carotte quelque part, il faut te mettre dans la peau d’une carotte. » Euh, concrètement ? « Choisir une terre bien en profondeur, bien réchauffé, sans motte. » Et s’il y a des cailloux ? « Ça ne fait rien, les carottes sont joueuses, elles aiment bien se tordre pour les contourner. » Imparable.
 
Le bonheur est dans le champ
 
Aujourd’hui, Philippe prend un plaisir fou à faire pousser 40 sortes de légumes différents, de la tétragone à l’herbe-huître. Il est fier de ses 1000 plants de tomates, de son basiliccitron, de son poivron-chocolat, idée qu’il a empruntée à un voisin lors d’une sortie du groupe d’échanges locaux organisée par le Groupement des Agriculteurs Biologiques
Ile-de-France. « Comme tout maraîcher bio, j’ai mal partout mais quand je suis dans le champ là-bas, je suis bien. » Le champ en question, où les patates ne devraient pas tarder à être récoltées est entouré d’une belle haie d’un côté, d’une prairie de l’autre avec vue sur de superbes saules têtards. Pas un pavillon à l’horizon, pas de grande route non plus. Le champ est un petit paradis à moins de 60 kilomètres de Paris.
Alors forcément Philippe se désintéresse de plus en plus des cultures céréalières pour bichonner ses légumes. « Le pulvérisateur, je n’aime pas. Si je ne suis pas un intégriste de la bio, mon coeur est clairement de ce côté-là. À l’avenir, si j’arrive à me dégager un peu de temps, je me vois bien amender avec de la bouse de vache et tester la biodynamie. »
 
Regard du Parc
 
« La démarche de la ferme des sources est intéressante car elle illustre la dynamique actuelle de diversification des exploitations franciliennes, » précise Alexandre Mari, chargé de mission Agriculture durable. « Sans délaisser les grandes cultures qui restent prédominantes dans la surface agricole utile, la ferme s’est tournée vers de nouvelles productions en réponse aux demandes actuelles de la société : maraichage en circuit court, pensions de chevaux. Le bilan semble positif avec la création de plusieurs emplois à la clé. Si l’objectif du tout bio est une fin en soi pour cet exploitant, on voit qu’il est nécessaire de respecter des étapes dans cette transition et que tous les types de terre n’offrent pas les mêmes possibilités dans cette mutation ! Des aspects techniques liés au désherbage des cultures céréalières sur de grandes surfaces ne sont pas encore résolus et constituent encore un frein au développement de l’agriculture biologique dans notre région. »
 
 
Article d'Hélène Binet pour l'Echo du Parc n°75 (juillet 2017)
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