Agriculture de conservation

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Dans la région, voilà 7 ans que Jean-Michel Dramard s’est lancé dans l’agriculture de conservation confiant ainsi le labour de ses champs à des vers de terre.
 
 
« Je veux que mes sols se réorganisent naturellement ». L’ambition de Jean-Michel Dramard, céréalier à Janvry suscite l’adhésion. Alors que dans le monde un tiers des sols se meurent, ceux de sa ferme des Thuillières recouvrent chaque année encore un peu plus la santé. « Regardez cette terre, poursuit-il en extrayant un belle motte au milieu de ses cultures de blé tendre, elle est pleine de vers de terre. » 120 spécimens par mètre carré plus exactement si l’on en croit l’opération de comptage entreprise par son fils Matthieu l’an passé. « Ludovic Joiris, un des pionniers de l’agriculture de conservation dans la région et producteur de lin graine à Corbreuse en a 250 par mètre carré, j’ai encore du chemin à parcourir. »
 
Agriculture de conservation
Depuis 10 ans, Jean-Michel a pourtant réalisé un pas en avant faisant passer progressivement ses 114 hectares d’une agriculture conventionnelle à une pratique bien plus protectrice des sols et de l’environnement. « En 2007, j’ai découvert sur internet et dans la presse le principe d’association des cultures, cultiver du trèfle d’Alexandrie avec du colza par exemple. » Rappelons que dans cette associations de bienfaiteurs, le trèfle enrichit la terre, limite la pousse des mauvaises herbes en couvrant davantage le sol, fournit de l’azote et finit par se faire rattraper par le colza au printemps qui termine sa croissance en solo. Cette année-là donc, notre céréalier soucieux de réduire sa dépendance à la chimie ne franchira pas le pas. Le virage sera pris l’année suivante. « Sur mon exploitation, il est difficile d’augmenter les rendements. Pour réduire mes coûts de production qui augmentent chaque année, il n’y a pas 50 solutions, il faut baisser les charges. » Petit à petit, Jean-Michel remise ainsi sa charrue au garage. « Mon dernier labour date de 2012, » confie-t-il.
 
Labour ne dure pas toujours
 
Parmi ses changements progressifs de pratiques, le céréalier sème désormais directement au milieu de ses couverts végétaux et repousses de cultures avec un semoir prévu à cet effet, favorise la prolifération des lombrics et confronte ses intuitions aux écrits des maîtres à panser la terre. Ses références vont des travaux de recherche des agronomes
 
Claude et Lidia Bourguignon aux écrits de Konrad Schreiber qui bannit le labour et invite les agriculteurs à copier la nature. Ainsi, depuis quelques années, la ferme de Thuillières adopte pleinement les trois principes de l’agriculture de conservation telle que définie par la très sérieuse FAO. « L’agriculture de conservation vise des systèmes agricoles durables et rentables et tend à améliorer les conditions de vie des exploitants au travers de la mise en oeuvre simultanée de trois principes à l’échelle de la parcelle : le travail minimal du sol ; les associations et les rotations culturales et enfin la couverture permanente du sol. »
 
« En fait, c’est exactement l’agriculture que produisait mon grand-père, » s’amuse le céréalier. Mais l’industrialisation de l’agriculture est passée par là. « Mes voisins se sont demandés ce que je faisais, en voyant jamais mes sols à nu. Certains restent sceptiques sur cette méthode, d’autres sont plus ouverts.» Pour partager ses bonnes pratiques, le céréalier adhère à l’APAD (Association pour la Promotion d’une Agriculture Durable), un réseau national d’agriculteurs et de techniciens pour développer l’agriculture de conservation des sols. « Il ne faut pas rester seul quand on innove, il faut savoir s’entourer. »
 
Dix ans plus tard, Jean-Michel seul salarié sur sa ferme, fait les comptes. Il passe de moins en moins dans ses parcelles, divisant par deux sa consommation de fioul à l’hectare. « Cela fait plus de trois ans que je n’ai pas changé une seule pièce d’usure de mon matériel agricole, rapporte-t-il. Cette année, très saine au niveau des maladies, Jean-Michel n’a utilisé aucun fongicide, a juste pulvérisé deux fois du purin d’ortie. « Quand je ne suis pas malade, je ne me soigne pas. Pour mes plantes c’est pareil. » Au niveau du désherbage, il fait encore appel au glyphosate lorsque cela s’avère nécessaire mais question engrais azoté, il a réduit la dose en implantant des légumineuses comme la fèverole ou le trèfle violet dans les couverts végétaux.
 
Agriculture de conservation
 
« Je veux réduire ma dépendance à la chimie,» lache enfin le quinquagénaire. En préservant l’intégrité physique du sol, Jean-Michel reprend non seulement la main sur son exploitation mais en plus donne chaque jour un peu plus d’air à la planète, car chaque centimètre cube de matière organique en décomposition dans les sols est aussi une bouffée de gaz carbonique en moins. C’est l’idée d’ailleurs soutenue par l’initiative 4 pour 1000 lancée au moment de la COP21 : « Un taux de croissance annuel du stock de carbone dans les sols de 4 pour 1 000 permettrait de stopper l’augmentation de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. Ce taux de croissance est un levier majeur pour participer à l’objectif de long terme de limiter la hausse des températures à 1,5/2°C. » 
 
Article d'Hélène Binet pour l'Echo du Parc n°76 (janvier 2018)
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