Histoire et architecture

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L’ARCHITECTURE METALLIQUE
 
L’usage du fer en architecture

L’usage du métal en architecture se développe dans la première moitié du 19e siècle avec l’essor de l’industrie sidérurgique. C’est surtout avec la prospérité économique du Second Empire, sous Napoléon III (1851-1870), que l’emploi du métal dans les infrastructures et dans le secteur du bâtiment prend son essor.

Ce sont les années du chemin de fer qui irrigue le territoire français dès les années 1850, mais aussi celles des premières constructions à structure métallique (ponts, gares, etc.) dont l’apogée est symbolisée par l’Exposition universelle de 1889. Célébrant le centenaire de la République, l’érection de la Tour Eiffel et d’autres constructions en fer illustre ostensiblement le progrès technique et industriel de la France à travers une expression architecturale nouvelle.

Par ailleurs, l’invention de la tôle (feuille de métal) en 1851 qui peut être galvanisée, c’est-à-dire recouverte d’une couche anticorrosive de zinc ou de plomb, va permettre la naissance de maisons entièrement métalliques, légères et rigides à la fois. Durant la seconde moitié du 19e siècle, de nombreux brevets de constructions métalliques sont ainsi déposés.

Des débouchés commerciaux

La construction en fer appliquée à l’architecture domestique présente plusieurs avantages dont le premier est économique. Elle répond à la fin du 19e siècle au concept de « maison à prix modéré » grâce à la préfabrication des pièces en série, la conception de structures démontables et légères qui réduit les coûts de transport et permet d’employer des ouvriers peu qualifiés.

D’autre part, la simplification du montage et la légèreté des pièces détachées facilitent la commercialisation de ces maisons sur le territoire national et leur exportation vers les colonies françaises en plein peuplement.

Maison de FerLes maisons Duclos

Dans ce contexte d’innovation technique de la fin du 19e siècle, l’ingénieur-constructeur français Bibiano Duclos (1853-1925) se fait remarquer grâce à un concept en vogue : la maison démontable et transportable.

Quatre typologies se distinguent dans la production Duclos. Les « baraques », petits édicules de plain-pied servant de commerce, buvettes, postes de secours, octrois, etc. ; les « chalets » à simple rez-de-chaussée surélevé, type le plus répandu ; les maisons à étage ; les constructions spéciales (école, église…).

Malgré la destination coloniale de ce nouveau modèle architectural, on ne connaît pas à ce jour de construction Duclos qui ait été expédiée à l’étranger, mise à part l’église Santa Barbara de Santa Rosalia (Mexique). Les publicités de l’époque (presse, revues techniques et architecturales, supports publicitaires, maisons témoins) courtisent plutôt le client métropolitain pour l’acquisition d’un pavillon Duclos élégant, confortable et transportable dans les lieux de villégiature.

UNE MAISON DUCLOS A DAMPIERRE
 
Les origines de la « Maison de Fer »

Dès la fin du 19e siècle, on donne le nom de « Maison de Fer » pour désigner ce petit pavillon métallique attribué pendant longtemps à Gustave Eiffel. La légende locale veut qu’il ait été présenté à l’Exposition Universelle de 1889 où il aurait eu la fonction d’une billetterie. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est l’œuvre de l’ingénieur Duclos. Une plaque d’identification atteste de cette paternité sur le bâtiment et porte le n°149, ce qui pourrait correspondre à l’exemplaire.

La maison de Dampierre sort vraisemblablement des usines Duclos entre 1894 et 1896. Elle est achetée par M. Puig, employé de commerce, qui l’implante en 1896 sur son terrain de Dampierre-en-Yvelines, acquis la même année au Duc de Luynes. Dans un premier temps, elle lui sert à se loger, le temps de faire construire sa villa toujours située de l’autre côté du chemin. Ensuite, elle aurait servi de maison d’amis.

Maison de Fer

L’aménagement du jardin

Autour de la Maison de Fer, M. Puig aménage à la toute fin du 19e siècle un jardin paysager sur un domaine plus vaste et plus ouvert qu’aujourd’hui. Il est destiné à mettre en scène la demeure par une série d’évocations de paysages lointains, notamment avec des arbres exotiques fraîchement introduits en Europe (cèdre de l’Atlas, conifères d’Amérique, etc.).

D’autre part, l’esplanade ovale formant aujourd’hui une sorte de clairière se termine au sud par un belvédère qui ouvrait autrefois sur le château et la vallée de Dampierre. Celui-ci surplombe un « vallon-rocaille » artificiel où se trouvent un puits, une grotte et un miroir d’eau circulaire.

UN SYSTEME CONSTRUCTIF SIMPLE, DECORATIF ET MODERNE
 
Un kit 100% métallique

Maison de FerLa maison de Dampierre est un édifice de plan rectangulaire faisant partie de la typologie de « chalet » produite en série par les usines Duclos. A la manière des chalets entièrement construits en bois, ces maisons sont entièrement métalliques, en fer ou, par extension, en fonte ou en acier.

Le système Duclos consiste en une ossature métallique, dotée de poteaux verticaux porteurs. Espacés d’un mètre, ils accueillent des panneaux de remplissage en tôle d’acier formant la paroi extérieure de la maison. Ces derniers mesurent 1m² et sont interchangeables, ce qui permet une flexibilité de la taille et du plan des maisons Duclos selon les besoins, tout en produisant un modèle standard de tôles préfabriquées.

Les ressorts décoratifs du métal

La construction, en apparence simple, est dotée d’éléments d’ornement réalisés pour le plaisir de l’œil. Les panneaux, de tailles et de motifs variables, insérés sur une structure rythmée, en sont le principal décor. Leur forme change selon leur emplacement : carrés en partie basse, verticaux en partie haute sur les murs latéraux, triangulaires ou trapézoïdaux en partie haute des pignons. Le moulage de la tôle prend quant à lui la forme de cannelures (stries verticales) et de pointes de diamant.

Maison de Fer

D’autre part, on observe des éléments en métal finement découpés : une crête et des épis de faîtage couronnant la toiture en tôle, des frises ajourées au-dessus des portes et fenêtres, des volets métalliques perforés de fleurs stylisées, et des lambrequins soulignant les rives du toit. Enfin, la terrasse couverte typique de l’architecture coloniale, couverte par l’avancée de la toiture qui repose sur de fins tirants métalliques, contribue à l’élégance de l’habitation.

 
Salubrité et confort

Inscrit dans le courant hygiéniste du 19e siècle, le bâtiment est initialement conçu sans sous-sol mais sur 23 pilotis. Ce vide sanitaire, ménagé entre le terrain et le plancher du rez-de-chaussée, est caractéristique du système Duclos et fait office d’espace tampon aéré et contribue à la salubrité de la construction.

Le revêtement intérieur de la maison est en lambris de bois verni. Les façades, tout comme les planchers et plafonds, sont donc à double paroi, un écartement de 24 cm existant entre les murs externes et internes. Il existe un système de trappes hautes et basses servant à réguler la ventilation dans cet interstice. L’été, en les ouvrant, on empêchait la transmission de la chaleur extérieure. L’hiver, en interrompant la ventilation, le matelas d’air stagnant isolait la maison du froid.

Enfin, la présence d’une terrasse, d’ouvertures vitrées (7 porte-fenêtre et fenêtres) permettant l’éclairement et la ventilation des espaces intérieurs, et de sanitaires intégrés dès sa conception répondaient également aux préoccupations de salubrité et de confort.  

Conclusion : Une expérience première

Avant-garde constructive et esthétique, les maisons de fer au look ouvrier teinté de colonialisme sont le témoin des années Eiffel et de l’élan post-Exposition Universelle de 1889 où l’industrie du fer était en plein essor. Le chalet de Dampierre est finalement l’un des derniers témoins visible d’une architecture industrielle expérimentale, inscrite dans un contexte de mutation technique, sociale et commerciale de la fin du 19e siècle, prémisses des maisons préfabriquées du 20e siècle.

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