Patrimoine forestier : Domaine de Rambouillet

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Raphaël Devred est en lien avec l’équipe du PNR dans le cadre de sa thèse portant sur « Le domaine de chasse de Rambouillet et le gouvernement de la nature : espace, archives, patrimoines (1783-2010) ». Il nous fait part de son sujet de recherche…

Une histoire environnementale de la forêt : natures, histoire, patrimoines

La forêt a une histoire. Une histoire de plantes, d’animaux, de sols, d’eaux, de femmes et d’hommes. Retracer l’histoire du domaine de Rambouillet et de sa forêt est l’objectif de la thèse que je mène à l’Université de Versailles-Saint-Quentin. Je cherche à comprendre comment, du XVIIIe siècle à nos jours, les princes, les rois, les empereurs puis les présidents se sont appropriés, ont vécu et transformé le territoire et la nature de leur domaine.

Domaine forestier Rambouillet

Abri de bûcherons/charbonniers. Carte postale, début XXe siècle, Archives départementales des Yvelines.

Apparues entre les Ve et VIIIe siècles, les forêts qui composent aujourd’hui le Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse reflètent l’histoire de la nature et des hommes. Les seigneurs du Moyen Âge s’évertuent à conserver la forêt dans un but économique, politique et cynégétique (1). A Saint-Léger, les Capétiens établissent un château et font des comtes de Montfort les gruyers de l’Yveline : ils sont chargés de garder la forêt et le gibier, et construisent à leur tour, un château, dont il reste les vestiges à Montfort-l’Amaury  (2).  C’est à la fin du Moyen Âge que Regnault d’Angennes fait bâtir un château fort à Rambouillet. La famille d’Angennes conserve Rambouillet jusqu’au XVIIe siècle, et imprime sa marque dans le territoire à Poigny par exemple, où le prieuré des Moulineaux est transformé lui aussi en château au XVIe siècle.

Domaine forestier Rambouillet

Louis XV et son équipage devant le château de Saint-Hubert. Gravure, Carte des chasses du Roi, 1764, Archives départementales des Yvelines.

Le XVIIIe siècle marque l’apogée du domaine de Rambouillet. En 1706, le comte de Toulouse achète Rambouillet et constitue une vaste forêt, qui deviendra l’actuelle forêt domaniale en 1892. Les murs des parcs, les maisons forestières, les routes et pavillons de chasse sont les vestiges de cet essor cynégétique et forestier. Forêt de chasse et de vénerie (3), il suffit de parcourir les routes et les carrefours en étoile pour se rappeler la place de cette activité pour les princes de François Ier à Napoléon III. En 1786, dans le parc de Rambouillet, Louis XVI fait importer des moutons mérinos d’Espagne ; parfaitement acclimatés, ils seront vendus à travers le monde pendant la période coloniale (v. 1840-1960). C’est aussi dans ce parc qu’ont lieu les chasses présidentielles de 1880 à 1995.

Domaine forestier Rambouillet

Carrefour des Chartreux. Carte postale, début XXe siècle, Archives départementales des Yvelines.

A la croisée entre nature et culture, sauvage et domestique, la forêt et son histoire ont encore beaucoup à nous apprendre. Patrimoine culturel, riche d’une histoire naturelle, agricole et cynégétique, la forêt est aussi un patrimoine naturel, peuplé d’arbres, de mousses, de lichens, d’animaux, d’eaux, de sols et d’écosystèmes variés en perpétuelle évolution. La forêt de Rambouillet a été classée forêt de protection en 2009 et réunie au parc naturel régional en 2011, elle se compose d’une série de sites, d’espèces et d’arbres protégés ou classés. Étudier la forêt, à travers son archéologie, ses archives et ses acteurs, permet de suivre l’évolution de cet espace et les relations qui unissent l’homme et les écosystèmes dans l’histoire. Dans ce sens, la forêt constitue à la fois un observatoire et un laboratoire vivant, et un patrimoine commun à préserver.

[1] Le mot cynégétique est l’adjectif pour tout ce qui a rapport à la chasse, il vient du mot chien en grec.

[2] Le gruyer ou verdier, selon les régions, est un officier chargé des eaux et des forêts pour un seigneur, ici le roi, il détient des pouvoirs de justice importants.

[3] La vénerie est la pratique de la chasse à courre, où l’on poursuit les gibiers avec des chiens courants, elle peut aussi désigner le service royal de la vénerie, qui est l’équivalent d’un ministère sous l’Ancien Régime et jusque sous le Second Empire (1852-1870). 

 

Raphaël Devred

raphael.devred@hotmail.fr

http://www.chcsc.uvsq.fr/doctorants-et-post-doctorants/m-raphael-devred--432026.kjsp?RH=1362577381642

 

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