L'Yvette amont : une santé à surveiller

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Les eaux tranquilles de l’Yvette amont sont aujourd’hui globalement de bonne qualité, mais le resteront-elles longtemps dans une région où les pressions humaines d’origine urbaine et agricole sont fortes ?

Yvette

« L‘Yvette va plutôt bien » explique Karine Lefebvre, avant d’ajouter « pour le moment ». La jeune hydrologue de l’université Paris-Sud qui vient de terminer sa thèse au Parc a ausculté trois ans durant la rivière et ses affluents. Un travail de terrain tout d’abord les pieds dans l’eau et un gros travail d’analyse pour faire parler les données. L’objectif : quantifier les apports d’eaux et de nutriments, comme les nitrates, provenant des différentes sources qui alimentent l’Yvette. « La question que nous nous posions, explique François Hardy, chargé de mission Nature environnement du Parc, qui a suivi le travail de la chercheuse, concernait les impacts des activités humaines sur la qualité des eaux et des milieux naturels aquatiques ».
 
C’est donc à un véritable jeu de piste auquel s’est livré Karine Lefebvre pour remonter le cours de la rivière jusqu’à sa source, à Lévis-Saint-Nom, mais aussi en suivant le chevelu de ses affluents – joli nom pour désigner l’ensemble des cours d’eau qui se jettent dans l’Yvette et participent ainsi à sa qualité. La plupart d’entre eux sont alimentés à l’amont par les eaux issues de stations d’épuration. « Il n’y pas d’autre apport continu en eau sur le tout premier, voire les deux premiers kilomètres, commente Karine. Cela oblige les stations à être encore plus attentives à la qualité de leur rejet ». Plus loin toutefois, la nappe d’eau souterraine vient alimenter la rivière et dilue ainsi ces rejets qui ne représentent plus que 7 % du débit de l’Yvette à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Issues des pluies infiltrées sur les plateaux et les versants, elles ont cheminé tranquillement en souterrain dans les sables de Fontainebleau qui s’étendent sur une grande partie du sud francilien. Il leur aura fallu de quelques semaines à près de 400 ans pour trouver leur voie vers la rivière.
 
Yvette
 
Des zones humides qui purifient l’eau
 
La grande majorité de ces eaux ressortent au bas des versants formant de nombreuses sources qui s’écoulent vers la rivière en traversant des prairies et des forêts humides. « Ces zones humides jouent un rôle essentiel pour épurer l’eau », précise la chercheuse. Les polluants, comme les nitrates, peuvent y être décomposés par les bactéries ou assimilés par les plantes à condition que l’eau transite lentement dans le sol.
« Malheureusement, ce n’est le cas que pour 6% de ces eaux », révèle Karine. La majorité des eaux ruissellent et se retrouvent rapidement dans la rivière sans avoir bénéficié des effets positifs de la zone humide. « Sans doute est-ce dû aux systèmes de drains encore présents dans ce milieu, explique François Hardy. Au final, l’efficacité des zones humides sur la qualité de l’eau de l’Yvette s’en trouve réduite ».
 
Pas d’inquiétude cependant. Si à l’amont la qualité des eaux de chaque affluent dépend fortement des activités humaines, urbaines et agricoles, rien de tel à l’aval : ces différences s’atténuent grâce aux apports d’eaux souterraines qui deviennent majoritaires, « mais cet équilibre est fragile, car la qualité de la nappe risque fort de se dégrader » nuance Karine.
 
La crainte vient par exemple des activités agricoles passées des plateaux dont l’impact ne devrait se faire sentir que dans quelques années du fait du décalage temporel entre l’infiltration de l’eau dans le sol, le transport jusqu’à la nappe puis vers les rivières. Par ailleurs, des pollutions ponctuelles peuvent aussi avoir un impact sur les rivières. C’est notamment le cas si les pluies sont abondantes en hiver alors que le sol est déjà gorgé d’eau, ou gelé. Elles ne s’infiltrent plus alors mais ruissellent, entraînant les polluants directement dans la rivière. C’est le cas également si les pluies tombent après une période de sécheresse qui a rendu le sol si dur qu’il en est devenu presque imperméable.
 
Poursuivre les efforts
 
Heureusement des pistes existent pour éviter que la qualité de l’eau ne se dégrade. Mais la chercheuse prévient. « Il faut prendre en compte toutes les activités qui impactent l’eau directement ou indirectement ». Les stations d’épuration font un travail primordial pour protéger nos rivières. Mais avant que leur rejet ne rencontre suffisamment d’eaux naturelles pour les diluer, il est nécessaire de continuer à chercher encore et toujours des solutions pour diminuer leur pollution. En outre, « il faut continuer à réhabiliter les milieux naturels de fond de vallée afin de favoriser leurs capacités naturelles à restaurer la qualité de l’eau », propose François Hardy. Enfin et surtout, la qualité de l’eau est aussi l’affaire de tous : vous connaissez l’effet papillon ?
Et bien « Si chaque habitant du Parc diminue la quantité de produits chimiques qu’il rejette dans l’eau, les résultats seront beaucoup plus grands que n’importe quelle amélioration sur les stations » assure le chargé de mission.
 
Zone humide
 
Article de Pierre Lefèvre pour l'Echo du Parc n°70 (mars 2016)
 
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