Le Lierre, si mal aimé

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En dépit de mauvaise réputation, le lierre est une plante aux multiples vertus qu’il faut réhabiliter et surtout ne pas éliminer systématiquement, car il est bénéfique pour les écosystèmes et pour nos maisons.
 
Lierre  Il étoufferait les arbres, ferait s’écrouler les murs anciens, serait le pire habillage de nos jardins… « Le lierre fait partie de ces plantes mal aimées par méconnaissance » explique Bernard Bertrand, botaniste amateur de longue date et auteur d’un joli petit livre Au royaume secret du lierre*.
L’heure est venue de réhabiliter cette plante qui apporte une touche bienvenue de couleur à la nature en hiver grâce à ses feuilles persistantes. Mieux, ses baies formées en automne atteignent leur pleine maturité en janvier et constituent ainsi un mets appréciable pour les oiseaux à une période où la nourriture se fait rare. Garde-manger, le lierre est aussi un abri douillet pour nombre de volatiles comme le troglodyte mignon, un inconditionnel de la plante. Les merles viennent parfois y nicher dès la fin février, mais aussi les chouettes hulottes et chevêche, les grives… Son feuillage serré forme des tuiles qui les protègent de la pluie, les abritent de la neige et, l’été, les préservent de la chaleur excessive.
 
Un refuge écologique
 
Plus largement, le lierre est un refuge écologique pour nombre d’espèces, des petits mammifères aux insectes. Les papillons y pondent leurs oeufs. Les chenilles qui en sortiront pourront se nourrir des feuilles. Par ailleurs, « la capacité mellifère du lierre est énorme », ajoute le botaniste. De septembre à octobre, ses fleurs permettent aux abeilles qui viennent les butiner de compléter leurs réserves pour préparer l’hiver au moment où le reste de la nature se met en sommeil.
 
Le lierre est également bénéfique pour les maisons. Loin de détruire les murs sains, il les protège le plus souvent et assure une bonne régulation thermique. « Les crampons qui lui permettent de s’accrocher ne sont pas des racines qui
iraient s’insinuer dans le bâti et le fragiliser. » Bien sûr, un crépi ou un mur en mauvais état ne résisteront pas au poids
du lierre. Mieux vaut éviter alors qu’il se développe. Il en est de même sur un mur déjà trop humide, exposé au nord.
 
Lierre
 
Autre idée fausse : le lierre serait un tueur d’arbres. Il s’agit d’une liane qui a besoin du support de l’arbre pour grimper vers le soleil, mais le plus souvent, l’un et l’autre font très bon ménage. À moins que l’arbre ne soit malade ou trop vieux. Dans ce cas, le lierre, qui est une plante vigoureuse et vit plus d’un siècle, prendra le dessus. S’il recouvre un vieux pommier, mieux vaut alors le supprimer pour prolonger le plus possible la vie de l’arbre qui, elle, ne dépasse pas 70 ans. « Le lierre est ainsi un allié de la nature et de nos maisons pourvu qu’on le connaisse et qu’on contrôle son
développement », conclut Bernard Bertrand. 
 
 
*Au royaume secret du lierre, B. Bertrand, éd.du Terran, Aspet.
 
Article de Pierre Lefèvre pour l'Echo du Parc n° 69  (décembre 2015)
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