Lagunage

Oser le roseau
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À Bonnelles, la pollution des eaux usées nourrit désormais des roseaux.

Lagunage BonnellesL’eau est un “produit de la nature” recyclé en permanence. Nos eaux usées sont nettoyées avant de réintégrer le grand cycle. Les stations d’épuration jouent ce rôle de “machine à laver l’eau”. Les impuretés sont extraites et séparées par catégorie : solides, sables et graisses d’un côté, d’un autre, matières en suspension et polluants solubles (matières organiques et minérales) qui sont transformés en boues. Reste à éliminer ou valoriser ces boues : par enfouissement, par fermentation pour produire du biogaz, par incinération et production de gaz pour le chauffage, ou par épandage en tant qu’engrais de culture. Autant de solutions dont les contraintes sont multiples : stockage volumineux des boues, coût du transport, périodes d’épandage limitées, risques de pollution… Une autre méthode consiste à réduire les boues dès leur forma¬tion à la station et produire un engrais de valorisation agricole. Diverses solutions existent, par exemple le lombricompostage (des vers lombrics se nourrissent des déchets) ou encore le rhizocompostage, méthode adoptée à Bonnelles.

Genèse du rhizocompostage bonnellois

Construite en 1991, la station d’épuration de Bonnelles n’avait pas la capacité de stocker les boues à l’année afin de répondre aux normes actuelles qui limitent l’épandage à un seul passage annuel après les cultures. Les boues produites étaient égouttées puis épandues quatre ou cinq fois par an par les services techniques de la commune. «De plus, les agriculteurs nous avertirent que ce type d’épandage leur posait problème, il n’était pas toujours fait au bon moment et générait des difficultés à écouler leur production de céréales, confie le maire Guy Poupart. Et ceci malgré les analyses mensuelles de nos boues jugées de bonne qualité et exemptes de métaux lourds. La commune fut ensuite sollicitée par le Syndicat intercommunal de la région de Rambouillet (SIRR) pour le compostage des boues dans un centre de traitement. Cela signifiait que nous devrions alors transporter de l’eau (constituant alors environ 80% des boues) et engager un budget plus important. Autant de critères qui nous ont incités à rechercher une solution plus écologique orientée vers les lits de roseaux dont nous avions entendu parler et vers la réalisation d’un plan d’épandage pour valorisation agricole, conforme avec la législation et en accord avec des agriculteurs locaux. » Un premier appel d’offres n’apporta pas de réponse satisfaisante, il semblait n’exister sur le marché que des procédés industriels ou trop artisanaux peu adaptés à la taille de la commune. La renégociation de son contrat eau fut l’occasion de faire étudier une solution plus en adéquation. Assistés par le cabinet d’étude IRH, les élus visitèrent deux réalisations de rhizocom¬postage conçues selon une méthode éprouvée, notamment en Bretagne où les mesures de dépollution des eaux usées et des sols étaient devenues cruciales depuis quelques décennies. L’idée d’une application à Bonnelles, qualifiée d’exemplaire pour les Yvelines, reçut le soutien de l’Agence de l’Eau Seine-Normandie, de la Région et du Département. Ces trois instances apportèrent 80% de subvention au projet. Le procédé Rhizophytes® mis au point par la SAUR, adapté à l’échelle de la commune et aux impératifs d’intégration paysagère demandés par les élus se concrétisa pour une mise en service début 2008.

Le principe

Mise en œuvre dans une soixantaine de communes depuis vingt ans, cette technique naturelle repose sur le principe des lits plantés de roseaux qui permettent de réduire la quantité de matières organiques et d’eau, et de stocker les boues résiduelles pendant plusieurs années. Lorsqu’un bassin est plein (au bout de trois à cinq ans), les boues devenues humus sont curées. « Le rôle n°1 du roseau, explique Guy Poupart, est, grâce à ses racines, d’éviter de colmater les mottes de terre. Ses rhizomes aèrent le sol et facilitent la percolation de l’eau. Rôle n°2, il se nourrit. La plante puise ses ressources tout en poursuivant la dépollution organique entamée en amont par la station d’épuration. »
L’exploitant de l’installation, la SAUR, détaille ainsi son procédé technique :

L’intérêt environnemental

Le traitement des eaux usées, après élimination chimique de l’azote et du phosphore puis consommation de la pollution organique par les plantes, permet de minimiser l’impact du rejet d’eau de la station sur le milieu naturel (Rû de Chartemps). Les rhizomes contribuent à une réduction de la quantité et à une minéralisation des boues à évacuer, les odeurs sont absentes, évitant du même coup toutes nuisances pendant le stockage et la manipulation des boues. Au final, la matière organique résiduelle obtenue (une tourbe en quelque sorte) apporte une qualité agronomique sans phosphate ni nitrate, plus faible que les boues liquides épandues auparavant.

Du sur-mesure

La station d’épuration de Bonnelles est située aux abords de la route départementale et visible depuis celle-ci. La municipalité a souhaité une intégration paysagère réussie. Les 10 bassins ont été façonnés dans des buttes de terre avec bâches étanches plutôt qu’entourés de murs bétonnés. Au fil des saisons, l’herbe et les plantations florales et arbustives ont “fondu” la station dans l’image champêtre environnante. Les sangliers ayant la réputation d’apprécier les lits de roseaux, une clôture électrifiée àl’aide d’une cellule photovoltaïque ceinture le site. L’ensemble a été conçu avec l’aide et l’accord du Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.

Exemple à suivre

Si la commune compte environ 2200 habitants, la station a une capacité de 3500 équivalents habitants. Après quelques ajustements, le procédé est aujourd’hui parfaitement concluant et pourrait très bien s’appliquer à d’autres communes de profil similaire ou plus petit. « Nous sommes globalement gagnants, confie Guy Poupart. Auparavant, tous les trois mois, un employé municipal devait livrer les boues aux agriculteurs durant 1 à 2 semaines avec un tracteur. Cette opération n’aura plus lieu qu’une fois tous les cinq ans en moyenne et sera prise en charge par notre fermier, la SAUR. Certes, le coût de l’eau facturée aux habitants a augmenté d’1 centime, mais cela reste raisonnable et bénéfique pour l’environnement à long terme. L’opération a été très bien accueillie par la population, le procédé expliqué lors d’une exposition a recueilli une bonne image. Je ne peux qu’encourager les communes à se lancer dans le rhizocompostage ! D’autant que les subventions dont nous avons bénéficié pourraient leur être aussi attribuées.»

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