Inventaires participatifs

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Naturaliste expert ou promeneur du dimanche, chacun peut contribuer à inventorier la biodiversité du Parc. L’occasion de participer à un vaste projet collectif, de s’amuser en se faisant chercheur amateur et d’en apprendre plus sur la nature.
 
Au départ, une affaire de spécialistes
 
La nuit est déjà tombée. Michel Di Maggio, naturaliste passionné et président de l’association Bonnelles Nature, parcourt la campagne, un magnétophone à la main. L’appareil émet une série de longs cris semblables à la plainte d’un jeune chiot. C’est le cri de la Chouette chevêche. Le but de l’opération est de provoquer une réaction d’une autre chouette mâle, afin qu’elle signale sa présence. Au printemps, de mars à avril, à la saison des parades amoureuses, l’oiseau ne supporte pas la concurrence d’un autre prétendant sur son territoire et, la plupart du temps, il répond pour chasser l’intrus. Si c’est le cas, Michel Di Maggio note l’information qui s’agrégera aux données des autres naturalistes des associations Nature Essonne, CERF et Atena 78. Ainsi le Parc saura combien de chouettes Chevêches ont élu domicile sur son territoire.
 
C’est ainsi que, grâce à des bénévoles, le Parc réalise une partie de ses inventaires. Il peut ainsi suivre l’évolution des populations de Chouette chevêche d’année en année. La démarche exige des naturalistes aguerris capables d’utiliser des méthodes précises.
 
Chouette chevêche
 
Une pratique accessible aussi aux amateurs
 
La pratique des inventaires participatifs est ancienne. Le premier programme de ce type, Christmas Bird Count – a vu le jour en 1900. Piloté par la société nationale Audubon aux États-Unis, il a permis de recueillir une base de données précieuse des oiseaux qui hivernent en Amérique du Nord : 10 000 participants ont réalisé quelque 63 millions d’observations ornithologiques !
En France, aucun projet actuel n’atteint l’ampleur et la portée des programmes des pays anglo-saxons, mais il n’empêche : Naturaliste expert ou promeneur du dimanche, chacun peut contribuer à inventorier la biodiversité du Parc. L’occasion de participer à un vaste projet collectif, de s’amuser en se faisant chercheur amateur et d’en apprendre plus sur la nature.les ornithologues sont tout de même de vieux routiers des inventaires. Depuis 1989, ils participent en particulier au programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux communs) mis en place par le Muséum national d’histoire naturelle. Sans le renfort de ces partenaires volontaires, de tels recensements ne seraient pas possibles. Mais les inventaires ne sont pas toujours l’affaire des seuls spécialistes et certains sont ouverts à tout un chacun. Les enjeux se situent à des échelles spatiales et temporelles si vastes que la collecte de données n’est pas à la portée directe des institutions, organismes de recherche ou Parcs naturels.
 
Ce type d’initiative se multiplie depuis 2006, année durant laquelle le grand public fut pour la première fois appelé à se mobiliser pour faire le suivi des papillons par l’association Noé conservation. « Le but de ces inventaires participatifs est à la fois scientifique et pédagogique, en permettant de lier de véritables travaux de recherche et de suivi à la découverte de la pratique naturaliste», commente Olivier Marchal, chargé d’études du Parc. Depuis, le Muséum d’histoire naturelle s’est engagé dans un vaste programme national : Vigienature.
 
Il s’agit de recenser, en France, le vivant sous toutes ses formes à travers différents observatoires. L’objectif est de faire l’inventaire de la biodiversité ordinaire grâce aux données collectées par des volontaires selon des méthodes
standardisées.
 
Pas d’inventaire sans animation
 
De son côté, l’OPIE (Office pour les insectes et leur environnement), pilote le recensement des Lucanes Cerf Volant,
insectes spectaculaires par leur grosse taille et facilement observable. « C’est un inventaire accessible à tous et la saisie sur le site de l’OPIE des données récoltées est très simple », précise Olivier Marchal.
 
Depuis peu, c’est le ver de terre qui est à l’honneur. Mais avant de se lancer à la poursuite du petit laboureur, une courte formation d’une demi-journée est nécessaire. « Le recensement du ver de terre permet de mieux connaître la nature et la qualité des sols et s’inscrit dans le cadre de recherches d’une équipe du CNRS à Rennes », précise Maxime Kayadjanian, de Naturparif, l’organisme relais de cet inventaire en Ile-de-France. Le Parc propose de prêter le matériel nécessaire à l’opération. Et tout le monde peut participer.

Châtaignier« Nous aimerions à présent développer notre propre inventaire des vieux châtaigniers greffés, issus d’anciens vergers, que l’on trouve un peu partout en forêt sur le territoire du Parc », explique Olivier Marchal. Ces arbres sont de véritables écosystèmes. Même creux, ils ne sont pas morts. Leurs cavités constituent des lieux de vie très attractifs pour de nombreux animaux comme les passereaux cavernicoles, les mésanges, les chouettes, mais aussi de petits mammifères comme l’écureuil, la fouine ou la chauve-souris. Par ailleurs, au fil des années, ces creux se sont remplis d’un terreau qui abrite de nombreux insectes. Ce microhabitat héberge 25 % de la biodiversité forestière ! Les vieux châtaigniers greffés du Parc sont malheureusement tombés aujourd’hui dans l’oubli. Et abandonnés, non entretenus, ils développent des branches souvent trop lourdes pour leur tronc fatigué, qui menace alors de se fendre. L’inventaire permettra de les recenser en connaissant leur localisation, d’évaluer leur état et d’entreprendre les actions nécessaires pour les préserver. La méthode a déjà été testée en octobre dernier, à l’occasion de la fête de la châtaigne de Forges-les-Bains. Il reste à prendre date.

Pierre Lefèvre, Echo du Parc n°71 (juin 2016)
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